‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 122 sur 157 · G. Lanson, Histoire de la littérature française^ p · texte numérisé non relu

G. Lanson, Histoire de la littérature française^ p

2. Et aussi Chateaubriand clans certaines parties du Génie du christianisme.

contre les excès de la vie urbaine et sociale — les « sauvages » après les « mondains» — , ils ont aspiré au recueillement, à la solitude, et, ce qui estnouveau, ils ont rêvé : entendons surtout qu'ils ont fait entrer la nature dans le cadre de leurs réflexions, en rassociantà leurs sentiments intimes. Nous avons déjà relevé les premiers germes de cette tendance à Rome et surtout au moyen âge, mais ici elle domine toute la conception de l'artiste, qui est avant tout ému : il suffit d'opposer l'enthousiasme d'un Rousseau, d'un Lamartine, d'un Byron, d'un Shelley à l'impassibilité de Gœthe dans l'âge mûr ou de Leconte de Lisle. Cette émotion a atteint peut-être son paroxysme chez Wordsworth, qui s'attendrissait aux plus minces spectacles et leur trouvait instinctivement un sens. Byron se plaît aussi à voir des emblèmes de la vie dans tous les aspects de la nature K

Enfin, par l'expression, le romantisme affirme encore sa maîtrise. Partout, avec Hugo comme avec Dante, avec Shakespeare comme avec Rousseau ou Schiller, il se recrée une langue qui tend, soit à une harmonie nouvelle des termes et des phrases (Rousseau, Lamartine...), soit à une vision sensible et neuve des objets (Dante, Hugo, etc.) Le mot ne doit plus seulement signifier, mais évoquer.

Le caractère romantique n'est pas toujours aussi facile à préciser chez les peintres que chez les écrivains. Toutefois l'école qui reconnut pour maître Delacroix, et qui compte encore plus d'un représentant, conscient ou non, est remarquable par sa

1. Cf. p. ex. sa pièce u En vain il s'est couché, le soleil de mon sort ».

fougue, son coloris, sa recherche du relief et des sujets expressifs, vigoureux. Les crépuscules de Cazin, les ciels tourmentés de Georges Michel rentrent dans cette catégorie, avec les prodigieuses visions de Gustave Doré. Les peintres de montagne se rattachent à la même lignée, dont l'ancêtre lut, par ses fonds rocheux, Léonard de Vinci. La révolution a été moins profonde qu'en littérature : le besoin ne s'en faisait pas sentir après Claude Lorrain comme après Florian.

La tendance naturaliste se caractérise essentiellement par l'importance accordée à l'observation. A certains égards, c'est un retour à la doctrine classique; mais la différence reste profonde, car ici la réalité vaut en elle-même, par elle-même, sans ou contre la raison, qui n'entre plus en jeu. Vis-à-vis du monde extérieur, les classiques avaient même été de moins bons observateurs que les romantiques : si l'imagination ne risquait pas de les desservir, en revanche Je côté « intérieur » — psychologique et moral — périmait tout à leurs yeux. Sous ce rapport, le XVII® siècle, et parfois maint écrivain contemporain '^ retarde sur l'antiquité : sans doute les Grecs et les Romains nous ont peu parlé de la nature, mais tout ce qu'ils ont dit d'elle est remarquablement exact^i précis. Les erreurs zoologiques de La Fontaine, que j'ai relevées ailleurs \ peuvent faire pendant à celles de Lamartine indiquées un peu plus haut.

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