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3. On trouverait beaucoup de notations analogues chez les peintres écrivains, par exemple chez Fromentin « 11 [le soleil] éclairait longuement, en y traçant des rayures d'ombre et de lumière, un grand pays plat. » [Dominique, p. 9).

4. Se reporter ci-dessus, p. 33-4, où est également cité l'exemple de Lcnau pour la littérature allemande. V. p. 35-38 pour les autres sensations.

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nunzio. Au contraire, avec Leconle de Lisle, de Hérédia, Ruskin, etc., le sens de l'ouïe est relégué à l'arrière-plan.

Les peintres sont nécessairement des visuels. On a opposé depuis longtemps les dessinateurs aux coloristes. Pour le paysage, le réactif est simple : lorsque la ligne et la forme l'emportent sur la couleur, la reproduction en noir conservera à l'œuvre son cachet et son âme : ainsi un Poussin, un Claude Lorrain, un Corot, un Théodore Rousseau, un Millet perdront sans doute à être privés de leurs teintes, mais ils produiront le môme effet, tout au plus atténué. Au contraire la meilleure gravure ou photographie d'un Claude Monet, d'un Renoir, d'un Jules Dupré, d'un Turner, d'un Pointelin ne nous donne aucune idée du tableau, qui a perdu ses meilleures qualités et son caractère avec ses couleurs. J'ai cité à dessein, à côté d'impressionnistes aux tons chatoyants, des peintres au coloris très atténué pour montrer que l'éclat de la couleur n'a rien à voir avec la question de la ligne et de la forme. On remarquera . que les dessinateurs sont surtout les classiques : il ne faudrait pas généraliser, car l'exemple de Gustave Doré prouverait aussitôt que, là aussi, il y a deux écoles.

Le coloris, chez le peintre de paysages, tient d'abord au climat de son pays : les Espagnols, par exemple, se plaisent aux tons heurtés et les Néerlandais aux demi-teintes. Il y a pourtant des exceptions, surtout en Flandre et en Hollande, car la vision individuelle est un élément du coloris dont l'importance s'accroît en raison de la personnalité. Rembrandt voit, comme Hugo, la nature en blanc et noir,

et c'est aussi le cas des artistes qui se spécialisent dans le fusain, le dessin, la sépia.

On pourrait grouper les peintres d'après les réactions de la lumière sur les couleurs. Les classiques ont une lumière large, diffuse, qui baigne le paysage, b éclaire ou assombrit, mais n'altère pas les tons, chez Corot comme chez Claude Lorrain. Au contraire, pour les impressionnistes — et c'est là une vision très personnelle, — la couleur est décomposée, elle devient chatoyante, vibrante, elle est lumière ellemême — à moins que ce ne soit la lumière qui ne devienne vivante et colorée, avec Renoir et Claude Monet. Entre les deux groupes se tiennent les coloristes purs, qui donnent aux tons leur maximum de valeur, qui peignent « en pleine pâte », et qu'attirent surtout les ciels éclatants, les teintes rutilantes du Midi et de l'Orient; à l'opposé, d'autres voient la nature à travers une gaze ou un voile de brume, comme Carrière.

Les tempéraments objectifs sont surtout frappés, dans le monde, par le spectacle de la vie universelle. Ces artistes recèlent plus ou moins une tendance panthéiste : au lieu de ramener le monde à eux, comme les romantiques, ils vont à lui, s'efforcent de pénétrer ses diverses manifestations, de les vivre, de les sentir.

Dans l'antiquité, Lucrèce est le prototype de cette lignée qui a produit des talents fort divers. D'abord des penseurs, qui ont cherché à dominer la nature :

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Milton, qui absorbe la création en Dieu; Goethe, serein, « olympique », qui contemple le monde en artiste du haut de sa tour d'ivoire; Shelley, fougueux dans ses ardeurs comme dans ses haines, enthousiaste pour les beaux paysages, aimant la nature pour elle-même et s'incarnant dans ses éléments. Puis les simples artistes, qui ne cherchent pas au delà de leurs impressions, et se bornent à chanter leur amour de la vie^ : Giovanni Pascoli, les poètes russes contemporains (Maikof, Tioutchef, Fofanofî, etc.), et — avec quelques effort vers un idéal — Ruskin (idéal du beau) et Zola (idéal du bonheur humain). « Les arbres chantent, l'eau frémit... excès de délire », déclare Tioutchef.

Certains peintres ont senti la nature avec la même passion : tel Courbet qui parlait d'embrasser les arbres en sortant de détention; mais ses paysages robustes, vigoureux, un peu lourds, sont loin de traduire son enthousiasme. Il est difficile à la peinture de donner autre chose que des transpositions subjectives ou des impressions spéciales, et de représenter la luxuriance, la symphonie de la vie.

L'artiste localise en général ses sympathies sur la plante, l'animal ou l'homme. Nous retrouverons bientôt à la forêt la plupart des amis des arbres. D'aucuns se plaisent aux arbres isolés, qui leur semblent en quelque sorte plus familiers, plus humains que dans les futaies sévères. Ils vivent la vie de la plante, en la considérant comme un être doué de sensibilité. Virgile nous montrait déjà, dans

1. Encore tendent-ils souvent instinctivement à la conception panthéiste : ainsi le poème de MaikofFsur Pan. Voir aussi la description enthousiaste de la steppe, de Gogol, dans Taras Boulha,

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les Géologiques, l'arbre greffé qui « s'étonne d'un feuillage inconnu et de fruits qui ne sont pas les siens » \ les herbes qui osent se confier au soleil nouveau, le jeune laurier abrité sous l'ombre de sa mère. Les Cyprès de Garducri sont célèbres. Et Taine a écrit une bien jolie page sur le^s arbres :

Un bouleau blanchâtre, à récorce mince et lisse, qui élève vers le ciel son tronc grêle et ses feuilles frissonnantes, est un être souffrant, délicat et triste, que nous aimons et que nous plaignons. Qu'est-ce qui ne s'est pas arrêté, en passant sur une route, auprès d'une pauvre plante, d'un buisson solitaire qui pend, demi déraciné, le long d'un talus?... Nous ne disons plus, comme au xvii^ siècle, que la campagne est vide. Une ligne de peupliers debout au bord d'un champ ressemble à une bande de frères 2.

De tout temps on a aimé les fleurs, surtout dans l'Orient sec et brûlé : de nos jours, des écrivains comme Baudelaire et Gabriel d'Annunzio ' ont renouvelé l'expression de ce sentiment par des notations très personnelles. Mais ce qui plaît surtout dans la fleur, c'est la couleur et le parfum, et nous revenons aux éléments sensoriels.

L'animal, au contraire, est l'incarnation la plus complète de la vie dans la nature. Nul n'a mieux recréé l'existence et la mentalité des bêtes sauvages dans le cadre de la forêt que Rudyard Kipling, dont l'étrange et puissant Livre de la Jungle, tant imité depuis son apparition, a renoué l'ancienne tradition des poètes hindous, mais singulièrement transposée

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