‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 129 sur 157 · De même Jules Renard dans ses Histoires Naturelles · texte numérisé non relu

De même Jules Renard dans ses Histoires Naturelles

en vedette, moins encore par sa plastique que par sa valeur représentative symbolisant les travaux des champs. La bête sauvage figure surtout dans les scènes de chasse. L'animal, ici comme là, conduit à l'homme.

Pour beaucoup d'artistes, l'homme est en effet le point de convergence de la nature. C'est ainsi, on l'a vu, que le peintre de paysage a débuté en Italie. Après une longue évolution, certains modernes reviennent non loin du point de départ avec Millet : toutefois le cadre a acquis une importance non plus ornementale, mais intégrante, essentielle au sujet. A divers égards, pour l'écrivain, l'homme peut aussi passer au premier plan : il est le but de la création, avec Milton;il est la résultante de l'univers avec Zola, interprète des positivistes; il est le centre du paysage régionaliste avec les écrivains qui se sont attachés à la petite patrie dans son passé et ses traditions plus encore que dans son présent, avec Emile Pouvillon comme avec Mistral ou M. Maurice Barrés.

Par tempéraments subjectifs nous entendons ceux qui tendent à extérioriser leur moi, à voir encore et toujours eux, leurs impressions, leurs pensées dans le monde extérieur et plus spécialement dans le paysage. C'est l'orientation romantique par excellence, dont Rousseau est le premier et peut-être le plus parfait protagoniste. L'auteur des Confessions et de la Nouvelle Héloise aime la nature (et ses héros

l'aiment avec lui) parce qu'elle lui paraît refléter les sentiments qu'il éprouve. Cette optique particulière se reflète très exactement dans ses œuvres :

Rousseau sait bien moins voir que sentir... C'est qu'il s'est souvenu moins des choses elles-mêmes que des émotions qu'elles lui domiaient : ce sont moins des souvenirs des yeux que des émotions confuses toutes pénétrées de sentimentalité. Il semble, à le lire, qu'il n'ait perçu très consciemment, comme il l'avouait, que des impressions d'ensemble. Ses descriptions s'accommodent aisément des inexactitudes de la mémoire... Le charme que Rousseau y a goûté survit encore furtivement dans sa prose, mais il est pour l'âme, non pour les yeux*.

Lamartine, plus encore que Byron, a eu cette perception des choses : il voit dans la nature ses croyances, ses désirs, ses chagrins; elle est pour lui tour à tour ou tout à la fois l'image de Dieu, de ses amours ou de sa mélancolie. Il est même remarquable à quel point tel de ses sentiments — la tristesse par exemple — déteint inconsciemment sur le paysage :

Souvent sur la montagne, à l'ombre d'un vieux chêne, Au coucher du soleil tristement je m'assieds 2.

Ce vieux chêne au soleil couchant n'est-il pas triste lui-même? Et voici encore cette sensation si neuve de solitude :

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

L' « inquiétude » romantique devant la nature, le sentiment d'effroi, mêlé de charme, devant les mys-

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