L'Isolement
tères pressentis par l'instinct, ou créés par l'imagination plus que par la raison, a été exprimée par Chateaubriand avec son relief coutumier :
Le vojageur s'assied sur le tronc d'un chêne pour attendre le jour ; 11 regarde tour à tour l'astre des nuits, les ténèbres, le fleuve ; il se sent inquiet, agité, et dans V attente de quelque chose d^ inconnu ; un plaisir inouï, une crainte extraordinaire, font palpiter son sein, comme s'il allait être admis à quelque secret de la divinité ; il est seul au fond des forêts; mais l'esprit de l'homme remplit aisément les espaces de la nature, et toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée de son cœur i.
Plaçons maintenant en regard la description du midi caniculaire par M. d'Annunzio^ :
La grande lumière de midi lui donnait un nouveau sentiment de malaise physique mêlé à une espèce de vague trouble. C'était l'heure terrible, l'heure panique, l'heure suprême de la lumière et du silence se dressant sur le vide de la vie. Il comprenait la superstition païenne : T horreur sacrée des midis caniculaires sur la plage habitée par un dieu farouche et caché. Au fond de ce vague trouble s'agitait quelque chose d'analogue à l'anxiété de celui qui est dans l'attente d'une apparition soudaine et formidable.
Il est impossible, je crois, d'arriver à un sentiment aussi voisin du précédent — j'ai souligné les analogies les plus frappantes — avec des éléments objectifs plus dissemblables : là la forêt, la nuit; ici la plage, la chaleur de midi. La conception métaphysique — là chrétienne, ici païenne, — n'est pas m.oins opposée. Un seul élément domine et commande tout : l'émotion personnelle, qui cherche ses