Cosmos, i, II, l,p
prêt à transposer la nature en Dieu. M. Pierre Loti, plus rationaliste, préfère les instantanés aux ensembles; plus humain aussi, d'une tristesse plus pessimiste parce qu'on sent derrière elle le vide sans espoir. Deux descriptions de tempêtes feront bien saisir les différences de tempérament et de facture :
Une grosse houle venait du couchant,bien que le vent soufflât de l'est; d'énormes ondulations s'étendaient du Nord au Midi, et ouvraient dans leurs vallées de longues échappées de vue sur les déserts de l'Océan. Ces mobiles paysages changeaient d'aspect à toute minute : tantôt une multitude de tertres verdoyants représentaient des sillons de tombeaux dans un cimetière immense; tantôt des lames, en faisant moutonner leurs cimes, imitaient des troupeaux blancs répandus sur des bruyères : souvent l'espace semblait borné, faute de point de comparaison ; mais si une vague venait à se lever, un flot à se courber comme une côte lointaine, un escadron de chiens de mer à passer à l'horizon, l'espace s'ouvrait subitement devant nous. On avait surtout l'idée de l'étendue lorsqu'une brume légère rampait à la surface de la mer, et semblait accroître l'immensité même. Oh ! qu'alors les aspects de l'Océan sont grands et tristes!... Dieu des chrétiens, c'est surtout dans les eaux de l'abîme et dans la profondeur des cieux que tu as gravé bien fortement les traits de ta toute-puissance*.
Cette description est d'un artiste qui a contemplé un spectacle impressionnant, à loisir, sur le pont, en passager, lorsque l'état de l'atmosphère le permettait. La suivante est d'un marin qui a lutté contre les éléments dans la nuit et le brouillard, sous Torage, l'averse et l'embrun*:
En général, on ne voyait pas loin autour de soi ; à quelques centaines de mètres, tout paraissait finir en espèces d'épouvantes vagues, en crêtes blêmes qui se hérissaient, fermant la