Génie du christianisme, l""® partie, liv. V, ch. xii
2. Pêcheur d'Islande, pp. 86-7. On pourra comparer aussi dans Paul et Virginie (p. 15'») la tempête de la côte.
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vue. On se croyait toujours au milieu d'une scène restreinte, bien que perpétuellement changeante; et, d'ailleurs, les choses étaient noyées dans cette sorte de fumée d'eau, qui fuyait en nuage, avec une extrême vitesse, sur toute la surface de la mer.
Mais, de temps à autre, une éclaircie se faisait vers le nord-ouest d'où une sorte de vent pouvait venir : alors une lueur frisante arrivait de l'horizoh; un reflet traînant, faisant paraître plus sombre le dôme de ce ciel, se répandait sur les crêtes blanches agitées. Et cette éclaircie était triste à regarder; ces lointains entrevus, ces échappées serraient le cœur davantage en domiant trop bien à comprendre que c'était le même chaos partout, la même fureur jusque derrière ces grands horizons vides et infiniment au delà : l'épouvante n'avait pas de limites, et on était seul au milieu!
S'il y a une impression commune — la tristesse — , en revanche les mêmes éléments produisent des sensations diamétralement opposées : la brume ouvrant l'horizon à l'imaginatif et la fermant au réaliste; la tempête augmentant la croyance du premier et le fatalisme du second.
Hugo a réussi de puissantes évocations de tempêtes en ayant recours aux seules sensations auditives, en y ajoutant tout au plus des notations d'obscurité et de froid * : ce procédé repose sur la vérité bien connue qu'on craint d'autant plus ce qu'on ne voit pas.
Peu d'artistes ont été attirés par la puissance et le symbole de la vie marine. Michelet est un des seuls littérateurs qui y furent sensibles. Des tentatives récentes très curieuses ont été faites dans ce sens par des peintres, notamment par M. Méheut, pour
1. Les pauvres gens ; Oceano nox {un) ; Une nuit qu'on entendait la mer sans la voir.
représenter dans leur milieu et avec leur coloris les animaux multiformes qui voguent ou grouillent dans les profondeurs de la mer.
Les deux premiers écrivains modernes qui connurent et goûtèrent la montagne furent deux Italiens, Dante et Pétrarque. Celui-là, d'après des recherches assez récentes, aurait été un précurseur de l'alpinisme*. Mais il faut arriver à une époque plus récente pour assister à la glorification de la montagne par la plume et le pinceau : sa « découverte » date de la seconde moitié du xviii" siècle.
Gomme pour la mer, nombreux sont ceux qui n'ont pas quitté les lisières et qui n'ont point pénétré au cœur des grands massifs. Mais même chez qui s'est cantonné dans des altitudes moyennes, le goût de la montagne peut être très vif. C'est le cas de Jean- Jacques Rousseau qui déclare dans les Confessions ^ : « Jamais pays de plaine, quelque beau qu'il fût, ne parut tel à mes yeux. Il me faut des torrents, des sapins, des rochers, des bois noirs, des montagnes, des chemins raboteux à monter et à descendre, des précipices à mes côtés qui me fassent bien peur. » Ce n'est pas le sentiment du danger qui séduit Lamartine, bien qu'il connaisse et qu'il aime à peu près les mêmes montagnes que Rousseau, mais l'as-
1. Dante alpiniste (Bulletin du Club alpin italien, 1887, n» 54, pp. 21-61). Pour riîistorique, cf. J. Grand- Carteret, La montagne à travers les âges.