Partie I, liv. iv
pect grandiose de Tarchitecture alpestre, et la symphonie des bruits multiples.
Goethe n'est pas allé beaucoup plus haut: il franchit toutefois les cols du Saint-Gothard et de la Furka en hiver. Lui aussi voit les Alpes en artiste, comme Ruskin, mais il ne les évoque qu'en brefs croquis *. Byron a approché des hauts sommets; il y a dans Manfred des sensations vécues comme celle-ci (je souligne les termes les plus caractéristiques) :
Les brouillards bouillonnent autour des glaciers ; les nuages se lèvent au-dessus de moi en flocons blancs et sulfureux, comme l'écume sur les flots irrités de la mer infernale, dont chaque vague va se briser sur un rivage-.
Tœpffer, avec la joyeuse bande de ses élèves, parcourut les Alpes en tous sens, en côtoyant sur plus d'un point les régions glaciaires : psychologue et observateur, son talent d'expression n'est pas toujours à la hauteur de son enthousiasme; ses descriptions manquent de relief, et c'est dans les scènes de mœurs, les dialogues, qu'il excelle ^ comme aussi dans la peinture de ses propres sentiments.
Voici maintenant la lignée des alpinistes. Elle compte quelques bons écrivains qui mériteraient d'être mieux connus du public, car ils apportent des visions inédites, des sentiments nouveaux et souvent un style pittoresque : citons surtout le Français Ramond, et, plus près de nous, les Suisses Emile
1. Voir notamment son croquis du Gothard l'hiver, au début d'Euphrosyne, et la description du Staubbach dans le « Chant des esprits sur les eaux ».