Op. cit., t. II, pp. 55 et
aïeux : s'ils goûtèrent l'ombre et la fraîcheur du feuillage, ce fut plutôt dans les bosquets et les parcs que sous les vastes futaies.
Ici encore Rousseau fut un novateur : il aima et vanta le bois sauvage. Mais la foret est surtout pour lui un accessoire de la montagne. Le premier de nos compatriotes qui l'aima pour elle-même, indépendamment du relief^ et qui pénétra son âme, fut un écrivain bien oublié aujourd'hui, Senancour, dont le pessimisme désabusé tombait à contre-temps au milieu de l'enthousiasme romantique et du réveil du sentiment chrétien*. — L'amour de la forêt fut toujours très vif, au contraire, dans les littératures germaniques, dès les origines. Milton a laissé une description célèbre de la forêt de Vallombrosa.
Chez les modernes, nous pouvons distinguer plusieurs tendances. Certains, comme Theuriet, sont surtout épris des odeurs, ou des bruits divers, auxquels Hugo prêta si souvent l'oreille. Les visuels s'intéressent spécialement au côté architectural de l'arbre. Ruskin a écrit de fort belles pages imagées, dans Les Peintres modernes^ sur les plantes nomades et les plantes « qui bâtissent», sur celles qui bâtissent par le bouclier, comme le hêtre, ou par Tépée, comme le sapin, — sur les feuilles, leur structure, leur vie, leur symbole.
Les peintres sont partagés entre deux tendances principales, suivant qu'ils prêtent plus d'attention au feuillage, ce vêtement de la forêt, ou à l'ossature des arbres. Les plus expressifs paraissent être les derniers : Corot a une prédilection pour les chênes et