‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 140 sur 157 · Cf. Emile Michel, La Forêl de Fontainebleau · texte numérisé non relu

Cf. Emile Michel, La Forêl de Fontainebleau

LES MODERÎ^ES : TEMPERAMENTS ET TENDANCES a47

les hêtres tristes, à demi dépouillés de leurs feuilles, tandis que Diaz se plaît à accuser la puissance des troncs noueux et l'orientation des rameaux. Peintre, Theuriet eût sans doute appartenu à la première catégorie, car il parle souvent des « nappes de verdure » dont les masses colorées étaient surtout sensibles à ses yeux. George Sand, au contraire, s'est attachée à faire ressortir le squelette des arbres :

Vers minuit le brouillard se dissipa, et Germain put voir les étoiles briller à travers les arbres. La lune se dégagea aussi des vapeurs qui la couvraient et commença à semer des diamants sur la mousse humide. Le tronc des chênes restait dans une majestueuse obscurité; mais, un peu plus loin, les tiges blanches des bouleaux semblaient une rangée de fantômes dans leurs suaires. Le feu se reflétait dans la mare, et les grenouilles, commençant à s'y habituer, hasardaient quelques notes grêles et timides ; les branches anguleuses des vieux arbres, hérissées de pâles lichens, s'étendaient et s'entrecroisaient comme de grands bras décharnés sur la tête de nos voyageurs *.

Et voici enfin la vie dans le bois. On sait avec quelle intensité Kipling l'a exprimée. Tourguénev nous a donné des impressions intéressantes : celles de la forêt vue par un chasseur^, qui est plus attentif aux cris et aux formes de ses hôtes qu'aux aspects des végétaux. La vigueur organique des arbres a été burinée avec relief par le félibre Vermenouze :

Ils déploient largement leur tète ébourifl'ée, et, droits sur leurs racines — durs et solides orteils — , les châtaigniers altérés s'abreuvent de soleil '.

Même note chez M. François Fabié.

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