‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 144 sur 157 · La mare au diable (éd. Calmann-Lévy, pp · texte numérisé non relu

La mare au diable (éd. Calmann-Lévy, pp

fils deviennent propriétaires, ou s'enrichissent, ou peuvent goûter quelque loisir. Il y a surtout chez lui un manque de dispositions naturelles, susceptible de varier suivant les régions et les races, et aussi en raison des occupations : le marin et le pâtre, par exemple, qui ont des heures d'inaction et de contemplation forcées, sont plus facilement accessibles que le cultivateur au charme du paysage

Il n'en reste pas moins, comme l'a montré M. Paulhan, que « c'est surtout quand cet amour est contrarié qu'il se révèle et que c'est toujours une tendance contrainte qui produit l'attitude artiste ^ »

On répète souvent que ce sont les écrivains qui, à telle ou telle époque, ont développé chez leurs contemporains le sentiment de la nature ^. Je pense au contraire qu'en cette matière la part de la littérature est des plus restreintes. Grisés par les flatteries de leur entourage, les écrivains et les artistes s'illusionnent singulièrement sur leur influence sociale et oublient que, même à notre époque, les plus notoires d'entre eux restent encore ignorés de la majorité de leurs compatriotes. Les sincères amants de la nature préfèrent de beaucoup les sensations directes aux transpositions, surtout médiocres (et le talent, là comme ailleurs, reste l'exception). — Quant à la mode, elle est imposée par les usages des classes supérieures, de l'aristocratie, de la cour. M. D. Mornet, faisant justice d'une légende, a montré par des faits que le goût de la campagne était très vif chez les citadins français avant les ouvrages de

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