‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 145 sur 157 · Dans ce sens Fr. Paulhan, op. cit., pp. 32-33 et p · texte numérisé non relu

Dans ce sens Fr. Paulhan, op. cit., pp. 32-33 et p

DAUZAT 17

Rousseau. Celui-ci n'a apporté qu'un élément nouveau : Tamour de la montagne : or, pendant plus d'un demi-siècle, il ne s'est guère trouvé de voix en France (à part Ramond, qui parlait en connaissance de cause et non d'après les livres) pour ne pas proclamer la montagne horrible. C'était encore l'opinion dominante quand Jules Janin alla en Italie. — Alphonse Karr s'est flatté d'avoir « lancé » les plages de Normandie et la Côte d'Azur : en réalité, c'est la duchesse de Berry, d'origine napolitaine, qui a mis en honneur les bains de mer dans la société parisienne, et ce sont de riches Anglais, lord Brougham entête, qui ont attiré l'attention sur la Riviera.

Loin de créer et d'imposer des goûts nouveaux, les écrivains ne font qu'interpréter — avec plus ou moins d'art, de sincérité, de relief — les sentiments de leur époque et de leurs milieux. Traditions et modes littéraires pèsent lourdement sur eux : il n'est donné qu'aux esprits très vigoureux et personnels de s'en affranchir.

Un rapide coup d'œil jeté sur les périodes les plus caractéristiques nous permettra d' apprécier les véritables facteurs qui entrent en jeu.

C'est d'abord l'orientation intellectuelle du moment. Les poussées de grand enthousiasme, de griserie collective, sont éminemment propices au sentiment de la nature : la Renaissance favorisa une première éclosion; tout le romantisme, de Rousseau à Hugo, y compris les Anglais, les Allemands et les Italiens, gravite autour de la Révolution — désirée,

vécue, célébrée ou maudite — et de l'épopée napoléonienne ^ — En revanche, les époques de vie mondaine intense, où la vie de société semble le centre et le but du monde, lui sont peu favorables : ainsi le règne de Louis XIV ^, comme le siècle de Périclès, et, à un degré moindre, le Second Empire.

On assiste parfois à une intervention des pouvoirs publics appuyés par une partie de l'opinion. A certains instants de l'histoire, on a senti le besoin de lutter contre la désertion ou la désaffection des campagnes et de remettre en honneur l'amour des champs. Ce fut l'idée d'Auguste qui commanda les Géorgiques, ce fut celle de la cour de Louis XVI "^ ; elle est reprise plus consciemment de nos jours, Mais il ne semble pas que des tentatives de ce genre, même collectives, aient une grande répercussion.

Les facteurs principaux qui contribuent à faire naître et à répandre le sentiment de la nature dans les mœurs, sont d'ordre hygiénique et thérapeutique, qu'il s'agisse des maisons de campagne, des saisons balnéaires ou climatiques, voire même des voyages d'agrément. Le noble, le bourgeois qui s'est fait construire une demeure de plaisance hors de la ville a obéi à un souci de repos, un désir de délassement et de grand air; celui qui voyage pour son plaisir peut songer aussi à s'instruire ; celui qui vient aux eaux n'a que l'intention de se soigner, voire de se

1. Pour l'histoire de la montagne, les fluctuations ont été notées dans l'ouvrage précité de M. J. Grand-Carteret. La Renaissance, la première, a entrevu la montagne comme la mer.

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