Vers, I
nel des saisons est trop connu pour qu'il y ait lieu d'insister : la jeunesse et l'amour figurés parle printemps; la vieillesse, le dépérissement, la mort, par Tautomne et l'hiver. La chute des feuilles a toujours — par comparaison — inspiré la tristesse. — Ces impressions générales et communes comportent évidemment des exceptions : ainsi qu'on l'a justement noté, « l'exaltation de la vie qui réjouit l'homme sain peut dégoûter ou exaspérer le pessimiste, le malade* »; il entre d'ailleurs peut-être autant de pose que de sentiment vrai dans « l'ineffable horreur des floraisons prochaines >;, que proclamait Ephraïm Mikhaël, ou dans ces vers de Baudelaire :
Et le printemps et la verdure Ont tant exaspéré mon cœm*...
Signalons enfin, un procédé plus rare, illustré par une page célèbre de Chateaubriand. Il ne serait pas impossible de trouver à cette idée un fondement dans la mémoire de la matière dont l'embryologie a donné de si curieux exemples; en l'espèce ce serait une conception cosmogonique enfantine, à laquelle l'écrivain ne s'est pas attardé : il a demandé seulement à ce symbolisme du souvenir (souvenir du déluge) un effet littéraire puissant qui est de toute beauté :
Le soleil n'eut plus pour trône au matin, et pour lit au soir, que l'élément humide, où il sembla s'éteindre tous les jours, ainsi qu'au temps du déluge. Souvent les nuages du ciel imitèrent des vagues amoncelées, des sables ou des écueils blanchissants. Sur la terre, les rochers laissèrent tomber des cataractes; la lumière de la lune, les vapeurs blanches du soir couvrirent quelquefois les vallées des apparences d'une