‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 24 sur 157 · Fr. Paulhan, op. cit · texte numérisé non relu

Fr. Paulhan, op. cit

5a LE SENTIMENT DE LA NATURE

nappe d'eau; il naquit, dans les lieux les plus arides, des arbres dont les branches affaissées pendaient pesamment vers la terre, comme si elles sortaient encore toutes trempées du sein des ondes; deux fois par jour la mer reçut ordre de se lever de nouveau dans son lit et d'envahir ses grèves; les antres des montages conservèrent de sourds bourdonnements et des voix lugubres ; la cime des bois présenta l'image d'une mer roulante, et l'Océan sembla avoir laissé ses bruits dans la profondeur des forêts ^

Nous avons énuméré les principaux éléments subjectifs, dont la résultante crée, selon les combinaisons, les paysages sympathiques ou antipathiques, souriants ou farouches, en vertu d'impressions communes à tous les hommes, et qui résultent de l'aspect des lieux. D'autres émotions sontphis ou moins spéciales à telles ou telles personnes, et dérivent, non de la configuration du site, mais des événements qui s'y sont passés. Par le jeu de l'association des idées combinée cette fois avec la mémoire,[le paysage évoque des souvenirs.

Ce peuvent être des souvenirs personnels :

Vous avez pris des lieux et laissé de vous-même. Quelque chose en passant

a dit le poète ^ Les endroits où Ton a passé son enfance, où, à Tâge d'homme, on a aimé, vécu, souffert, revêtent à nos yeux une expression particulière : on les aime comme des témoins discrets et des compagnons fidèles qu'on prendrait volontiers pour

1, Génie du christianisme, liv. IV, ch. iv.

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