‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 26 sur 157 · Voir surtout La Colline inspirée · texte numérisé non relu

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revanche, nombre d'esprits cultivés, qui ne comprennent et ne goûtent guère la nature en dehors de l'homme, n'apprécient que le paysage historique : pour qu'un site les émeuve, il faut qu'il ait été le témoin d'événements humains. Cette manière de sentir s'affirme très caractérisque dans les ouvrages de M. André Hallays sur l'Ile de France. Elle n'est d'ailleurs nullement exclusive d'une admiration pour la nature en elle-même : Chateaubriand a manié en virtuose les deux archets, enthousiaste devant les paysages sans passé du Nouveau Monde comme devant les lieux célèbres décrits dans Vltinéraire de Paris à Jérusalem.

Pour goûter le paysage historique, il faut d'abord une certaine culture, mais encore et surtout une faculté spéciale d'imagination, d'évocation. Aussi les tempéraments réalistes — au vrai sens du mot — l'apprécient peu, autrement dit ceux qui voient avant tout dans la nature le groupement des formes, l'éclat des couleurs, le jeu de la lumière et de l'ombre. Ainsi M. Jules Lemaître, refaisant après Chateaubriand le voyage de Jérusalem, a montré combien la rade d'Actium, en elle-même, était banale, et il constatait que le spectacle de ce coin de mer ne l'avait nullement ému parce qu'une bataille navale s'y était livrée dix-neuf siècles auparavant ^ On saisit ici sur le vif la différence irréductible des tempéraments.

Les souvenirs historiques peuvent nous impressionner davantage s'ils se rattachent à la petite patrie ou à la grande. Par là, ils se rejoignent à l'amour du pays natal suivant la conception de

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