Histoire d'un crime
Il faut lire tout le passage — avant et après — , qui est très beau, pour voir comment un seul mot a suffi pour changer un (.< paysage charmant » en « paysage tragique », comment tous les éléments qui concouraient à la grâce du décor sont aussitôt interprétés tout autrement dès que le poète apprend qu'en ce lieu, désormais sinistre pour lui, s'est joué et s'est perdu, Tannée d'avant, le sort de la France.
A mesure que les faits historiques se reculent, s'estompent dans le passé, ou s'enchevêtrent dans les broussailles de la légende, l'imagination peut se donner cours plus librement et à loisir. Telle est la cause principale du charme mélancolique que nous retrouvons dans les ruines. Il peut s'associer aussi un sentiment plus personnel, qui rentre dans la catégorie des transpositions ; Chateaubriand l'analyse ainsi :
Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence. Il s'y joint en outre une idée qui console notre petitesse, en voyant que des peuples entiers, des hommes quelquefois si fameux n'ont pu vivre cependant au delà du peu de jours assignés à notre obscurité'.
Mais l'écrivain exagère : tous les hommes n'apprécient pas les ruines, — loin de là. Faut-il rappeler le mépris de nos paysans pour les « murs cassés », qui ne parlent pas à leurs yeux, faute d'une culture suffisante, et tous les actes de vandalisme dont la bourgeoisie, la noblesse, les municipalités se sont rendues coupables en détruisant inconsidérément,