‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 30 sur 157 · Cf. A. Dauzat, Mers et montagnes d'Italie^ p · texte numérisé non relu

Cf. A. Dauzat, Mers et montagnes d'Italie^ p

connus; le point de vue suivant, qui Test un peu moins, mérite, en revanche, quelques développements.

Il n'est pas indifférent de voir les paysages dans la rêverie ou dans l'action, — à la portière d'un chemin de fer, d'une voiture, d'une automobile, ou à pied, le bâton du voyageur à la main, voire sur un canot en jouant de la rame ou de la godille \ Malgré l'apparence du paradoxe, il est certain que nous nous lassons plus vite des sites contemplés sans fatigue, tandis qu'on découvre toujours de nouvelles beautés au cours de la marche : le plaisir, suivant la vieille théorie toujours vraie d'Aristote, n'est-il pas le résultat de l'effort normalement accompli? Voyez un train traverser une contrée magnifique : tous les voyageurs se mettent à la fenêtre; mais au bout d'un quart d'heure, parfois moins, presque tous, fatigués d'un défilé trop rapide, sont revenus à la lecture, pourtant banale, de leur journal. L'alpiniste, au contraire, pendant des ascensions de quatorze ou seize heures, ne se lasse pas du décor changeant qui se déroule lentement devant ses yeux.

Jean-Jacques Rousseau a détaillé dans des pages classiques les charmes du voyage à pied :

On part à son moment, on s'arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d'exercice qu'on veut. On observe tout le pays ; on se détourne à droite, à gauche ; on examine tout ce qui nous flatte, on s'arrête à tous les points de vue. Aperçois-je une rivière, je la côtoie; un bois toufTu, je vais sous son ombre; une grotte, je la visite; une carrière, j'examine les minéraux. Partout où je me plais, j'y reste. A l'instant que je m'ennuie, je m'en vais. Je ne dépends ni des chevaux ni du

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