‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 31 sur 157 · A. Dauzat, Pour quon voyage, pp · texte numérisé non relu

A. Dauzat, Pour quon voyage, pp

postillon. Je n'ai pas besoin de choisir des chemins tout faits, des routes commodes...

Combien de plaisirs différents on rassemble par cette agréable manière de voyager! sans compter la santé qui s'affermit, l'humeur qui s'égaie. J'ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondants ou souffrants, et les piétons toujours gais, légers et contents de tout. Combien le cœur rit quand on approche du gîte! Combien un repas grossier paraît savoureux!... Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit ^ !

Ailleurs ' Rousseau a expliqué comment la marche « anime et avive ses idées » et quelle fraîcheur d'inspiration il doit à ses voyages à pied. En Allemagne, où ce mode de pérégrination est depuis longtemps en honneur, il existe toute une littérature, et point méprisable, de Wanderlieder ^ ; Tun des plus remarquables de ces « chants du voyageur » est du à Geibel : bien que la citation soit un peu longue, elle mérite d'être faite en entier, car elle donne une note d'enthousiasme juvénile, naïf et sain, bien caractéristique des touristes allemands, et dont on ne trouverait guère l'équivalent dans notre littérature.

Mai est venu, les arbres bourgeonnent. Restez, si le cœur vous en dit, avec vos soucis à la maison. Comme les nuages voyagent sur la tente du ciel, mon esprit est entraîné vers le vaste, vaste monde.

Monsieur mon père, Madame ma mère, que Dieu vous protège! Qnl sait où, dans le lointain, le bonheur fleurira encore pour moi ! Il y a encore tant de routes où je n'ai jamais marché! Il y a encore tant de vins que je n'ai jamais goûtés !

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