Id., p
demment : « On contestera peut-être mes impressions », et : « ceci n'est pas absolu ».
Rien de plus juste. Il s'agit d'abord d'impressions moyennes qui ne sont point partagées par tous. Le paysage italien, qui est en général le type du paysage sympathique, déplaît à quelques-uns parce que tel élément négligé de la majorité — par exemple la malpropreté des villages — passe au premier plan et domine les autres. Tels déclarent la montagne hostile tandis que beaucoup l'estiment accueillante et trouvent du charme dans la lutte contre les éléments. Il est déjà difficile d'être d'accord au sujet des éléments visuels, en dehors de principes très vagues relatifs à l'harmonie des lignes et à la douceur des tons pour l'œil. Dira-t-on qu'un paysage est doux quand les couleurs y sont peu éclatantes et les teintes fondues? Mais alors le type sera le paysage de rochers, qui est pourtant considéré en général comme d'un genre contraire. J'entends qu'ici la ligne et la forme l'emportent sur le coloris : mais jusqu'à quel point ?
Enfin les éléments subjectifs de quelque importance transformeront et commanderont toujours les autres. On a vu un exemple saisissant avec le Sedan de Victor Hugo. Le cadre dans lequel nous avons éprouvé des joies vives sera toujours un paysage gai et vice versa. La Bretagne ne saurait paraître triste à la jeunesse qui va passer sur ses plages des vacances agréables et animées.
Ces divergences nous les retrouverons, plus profondes encore, en abordant la généralisation supé-
Heure, celle qui, de la simple contemplation des paysages, conduit à la philosophie de la nature.
Victor de Laprade exagérait singulièrement lorsqu'il affirmait * que le sentiment de la nature suppose une conception philosophique du monde. Peu d'esprits, au contraire, s'élèvent à cette hauteur; chez d'autres, cette tendance se manifeste à peine à l'état embryonnaire. De même beaucoup d'hommes goûtent les œuvres d'art sans avoir aucune opinion sur la nature du beau.
Le sentiment de la nature dégage l'homme des préoccupations ordinaires, souvent mesquines, de la vie courante. Gomme toute contemplation désintéressée, il élève l'esprit. Voilà pourquoi il peut — mais il peut seulement — amener vers l'idéal, mais vers celui qui estconformeau tempérament, à la mentalité, à la culture et aux croyances de chacun de nous. Les esprits religieux ont conclu jadis un peu hâtivement que les paysages grandioses ou simplement agréables prouvaient l'existence de Dieu. L'Anglais Gray, au retour de la Grande Ghartreuse, écrivait en 1739 : « Pas un précipice, pas un torrent, pas un rocher qui ne soit plein de religion et de poésie : ce sont des spectacles qui feraient croire un athée. » M. J. Morland, à qui nous empruntons cette citation*, ajoute : « Des champs « éclatants de fraîcheur, de verdure et de joie » étaient regardés comme une preuve de l'existence de Dieu. »
En réalité, les âmes religieuses objectivent simplement leur foi et voient Dieu dans la nature parce
1. Histoire du sentiment de la nature, Prolégomènes (Introduction).