‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 36 sur 157 · Hœlty, Das Landlehen · texte numérisé non relu

Hœlty, Das Landlehen

N'est-ce point surtout en raison des souvenirs qui s'y rattachent?

La conception philosophique de la nature a oscillé principalement, selon les époques, entre le panthéisme et le monothéisme, différemment compris suivant les civilisations, les races, le degré de culture.

La première étape est la personnification des forces de la nature, et spécialement des bêtes et des plantes. Cette conception, à laquelle le christianisme s'est superposé sans l'effacer complètement, a persisté jusqu'à nos jours dans la plupart des littératures populaires, où elle constitue la base des contes et des légendes : elle est surtout vivace chez les Germains et les Slaves, voire les Provençaux*. Certains passages de Shakespeare sont caractéristiques, comme cette poétique réplique de Roméo :

C'est l'alouette qui annonce l'aurore, et non le rossignol. Vois, ma bien aimée, ces traits de lumière, jaloux de notre bonheur, qui percent ces nuages vers l'orient : tous les flambeaux de la nuit sont éteints, et le riant matin sur la cime des monts nébuleux, un pied levé, se balance, prêt à s'élancer ^.

Et ce couplet si délicat de la fée :

Les plus hautes primevères sont ses tendres élèves. Vous voyez des taches de pourpre sur leurs robes blondes : ces taches sont les rubis, les bijoux des fées; c'est dans ces

1 . On en trouverait des restes dans de nombreux dictons populaires, surtout en pays germaniques. Le « gris bailli de la vallée» est une vieille expression des habitants d'Unterwalden, pour désigner la houle des nuages pluvieux et gris : Schiller Ta reprise dans Guillaume Tell (actel, scène 1). Le « chapeau», « lepée » de la montagne qu'on trouve dans de nombreux dictons météorologiques, relèvent bien plutôt, à l'origine, de cette conception que de la métaphore.

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