Mers et montagnes d'Italie^ pp
de la toison des oliviers. Un pan de montagne écorchée saigne à vif, tout rouge sous le soleil cru et le ciel bleu. »
Lumineux, chaud, ensoleillé, le Midi méditerranéen, et spécialement l'Italie*, a produit de tout temps une attraction irrésistible sur les populations du nord : nature en fête et rayonnante, paysage gai, voire bruyant, qui verse au cœur la joie de vivre.
A mesure qu'on s'éloigne de son pays d'origine — pour nous, la France — et des contrées voisines, les divergences s'accusent par des oppositions de plus en plus saillantes. En s'enfonçant vers le nord, on aborde les climats hostiles, plus brumeux dans la verte Angleterre, plus rigoureux au nord-est où les courts étés aux longs jours et aux nuits pâles témoignent d'un réveil plus brusque après un sommeil prolongé de la nature dans des hivers de neige et de gel. Il n'entre pas dans notre cadre de noter ici les principaux aspects de ces régions si diverses. Remarquons seulement que le mot d'exotisme, réservé en général aux peintures des pays orientaux et équatoriaux, convient parfaitement pour synthétiser les paysages qui nous éloignent le plus des visions familières de la nature.
Au sud les deux types les plus vulgarisés par les
1. Voir notamment la septième des Elégies romaines de Gœthe, la phrase bien connue de Lamartine : « Le brillant soleil de ce climat rassérène tout, même la mort », et, plus près de nous, La Missione dell'ltalia de l'écrivain russe J. Novicow [Ars et lahor, p. 3), la préface des Heures d'Italie de M. Gabriel Faure, etc.
écrivains, et les plus frappants sans doute, sont ceux que j'appellerai le paysage arabe et le paysage des tropiques. Le premier, caractéristique de la zone méditerranéenne méridionale et orientale — et dont on trouve déjà un avant-goût en Espagne — , a pour dominantes la sécheresse, l'aridité jusqu'à son extrême limite, le désert avec les oasis de palmiers, les failles rocheuses du relief et l'apparence si particulière de la population et de ses édifices. Fromentin fut un des premiers à le décrire, par la plume et par le pinceau.
Les tropiques se signalent plutôt au contraire — bien que ce ne soit pas toujours exact — par l'exubérance de la végétation, la chaleur d'un climat fécond en cyclones et en pluies torrentielles, l'abondance des oiseaux brillants, des bêtes sauvages ou venimeuses. Leconte de Lisle, dans ses Poèmes barbares^ en a décrit des aspects saisissants, comme M. Pierre Loti dans plusieurs de ses romans S et Rudyard Kipling dans le Lwre de la jungle. Il ne faut pas oublier que c'est Bernardin de Saint-Pierre qui nous les a révélés, avant les savanes américaines de Chateaubriand; la description suivante mérite d'être rappelée :
Excepté cette plantation, on avait laissé cet enfoncement du rocher tel que la nature l'avait orné. Sur ses flancs bruns et humides rayonnaient, en étoiles vertes et noires, de larges capillaires et flottaient au gré des vents des toulï'es de scolopendres, suspendues comme de longs rubans d'un vert pourpre. Près de là croissaient des lisières de pervenche. dont les fleurs sont presque semblables à la giroflée rouge, et
1. Pour le Japon et particulier, voir Madame Chrysanthème, et les descriptions très pittoresques de M. Ludovic Naudeau dans le Japon moderne.
des piments dont les gousses couleur de sang- sont plus éclatantes que le corail. Aux environs, l'herbe de baume, dont les feuilles sont en cœur, et les l^asilics à odeur de girofle exhalaient les plus doux parfums. Du haut de l'escarpement de la montagne pendaient des lianes semblables à des draperies flottantes, qui formaient sur les flancs des rochers de grandes courtines de verdure. Les oiseaux de mer, attirés par ces retraites paisibles, y venaient passer la nuit. Au coucher du soleil, on y voyait voler, le long des rivages de la mer, le corbigeau et l'alouette marine, et au haut des airs la noire frégate, avec l'oiseau blanc du tropique, qui abandonnaient, ainsi que l'astre du jour, les solitudes de l'Océan Indien.
Les visions exotiques nous ont fort éloignés de la campagne française. L'homme et sa demeure nous y ramèneront.
La diversité des régions ne s'affirme pas seulement par l'aspect physique des lieux. La maison du paysan, surtout par groupes, contribue à leur donner leur cachet, leur individualité .
Les chaumes pointus et souvent mousseux, égaillés dans les prés et les haies ; les maisons claires aux combles inclinés et couverts de petites tuiles rousses, que domine la flèche du clocher; les toits plats et vermillon creusés de profonds sillons et couronnant des murs violemment blancs; les chalets de bois jaune, fleuris et pimpants comme des jouets de Nuremberg; les grappes de vieilles demeures grises, irrégulières, accrochées les unes aux autres et dégringolant entre les châtaigniers sous la houlette d'un campanile rose, — caractérisent suffisamment, en dehors du cadre agreste, le paysage de la Normandie,