Pécheur d' Islande, p
tifs : le murmure des flots, souvent associé au bruit du vent, ignore tout élément criard, toute note détachée et individualisée qui attire l'attention; c'est un mélange de sons fondus, graves, d'une harmonie vague, monotone, comme lointaine, qui berce la rêverie et assoupit l'esprit. Les sensations olfactives et gustatives — odeur d'embrun et de marée, goût de sel — sont plutôt agréables par association d'idées que par impression directe.
La mer plaît surtout par son extrême mobilité — mobilité des teintes, mobilité de l'eau. Sa couleur varie suivant l'état du ciel, avec lequel elle s'harmonise et dont elle reflète tous les changements; suivant la nature vaseuse, sableuse ou rocheuse des fonds, qu'elle laboure par les temps de houle, dont elle laisse parfois transparaître le relief et la végétation glauque les jours de bonasse; suivant l'apport des eaux côtières qui, par exemple, au pied des montagnes méditerranéennes, déversent par les torrents, au lendemain d'une pluie, de larges traînées ocreuses s'épandant en larges cônes opaques sur la nappe cristalline et azurée.
Le mouvement incessant de la mer est le caractère qui s'oppose le plus nettement à la fixité momentanée des paysages terrestres et à l'immobilité presque complète des lacs; le fleuve lui-même descend sa pente d'un cours régulier et monotone. L'Océan, au contraire, presque toujours agité sur Jui-méme comme en un spasme perpétuel, est seul à offrir le mécanisme du va-et-vient, d'abord par la vague qui meurt sur le rivage, ensuite par le flux et le reflux.
La mobilité s'accuse enfin par les brusques changements d'humeur, les réveils soudains et violents
succédant à des sommeils trompeurs. Le spectacle des tempêtes * est magnifique sur les côtes, avec la mer moutonnant au large, les lames crêtées labourant de vastes champs d'écume entre les récifs, et se heurtant aux digues ou aux rochers pour rebondir en gerbes prestigieuses et en panaches étincelants au soleil : Biarritz est un des points de notre littoral où la grande houle de l'Océan déchaîne les plus sauvages et les plus belles furies des flots. En pleine mer, où l'on discerne moins les ensembles, l'aspect est plus effrayant : de véritables montagnes d'eau reculent et soulèvent les navires sur leurs cimes pour les lancer ensuite dans la profondeur des dépressions. On a publié dernièrement^ l'instantané, plus expressif que toute description, d'une de ces formidables vagues, photographiée au large de l'Atlantique.
La mobilité donne déjà l'impression de la vie. Mais la vie apparente de la mer réside surtout dans le mouvement des bateaux sur ses ondes, des ports, des pêcheurs, voire des touristes sur ses côtes; — la vie intime se dérobe dans les profondeurs sous-marines et ne se manifeste aux yeux que par les prises des pécheurs, et plus encore par la flore que découvre le reflux, par les animaux si variés qu'abandonne ou que surprend le retrait rapide des eaux. Fait curieux : ces phénomènes si sensibles à la foule des « baigneurs » qui se pressent sur les plages — depuis les tout petits qui cherchent les coquillages et guettent la crevette dans les mares — ne paraissent guère avoir frappé les écrivains \