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LA MONTAGNE Io5
pendue, le rocher raide, enduit d'un verglas qu'il faut briser, et puis le sommet tors dressé vers l'azur en pointe de vrille... A perte de vue, sous les dernières brumes flottantes, la forêt des cimes s'étalait. Les torrents verticaux sous la lumière semblaient des lames de glaive, et les avalanches bourdonnantes rejaillisaient en une fine poussière de cristal. Là-bas, mie ombre d'enfer, vers le Tessin, portait l'orage ^
Qu'on rapproche ce petit croquis de la page de Théophile Gautier citée plus haut, et l'on saisira la différence radicale des impressions, suivant que le spectacle des hautes cimes est vu de loin ou de près.
La montagne ne varie pas seulement en raison de l'altitude, mais encore selon l'exposition et la région. Dans les Alpes, par exemple, les types opposés les plus caractéristiques — et ceci s'applique surtout à la zone inférieure, — peuvent être pris en Suisse (spécialement dans l'Oberland bernois) et en Italie dans la haute Lombardie ou le haut Piémont. Là, c'est la fraîcheur du paysage romantique, Tapothéose du vert et le triomphe de l'eau : prairies opulentes au vert criard rehaussé en jaune, sapinières foncées, lacs vert de bouteille parfois irisé de bleu, cascades des glaciers vert de marbre; partout des torrents qui bondissent et poudroient. L'Alpe italienne est plus classique, avec les perspectives plus larges, les lignes pures et majestueuses de ses sommets onduleux, les tons plus chauds et plus fins : ciel plus coloré, aux horizons de pervenche, teintes mauves des