‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 57 sur 157 · Henry Bordeaux, Paysages romanesques, p · texte numérisé non relu

Henry Bordeaux, Paysages romanesques, p

LA MONTAGNE Il3

sent moins impuissant que devant l'immensité des vagues : nulle part il n'a mieux conscience de la supériorité du « roseau pensant » sur les forces brutales de la nature ; nulle part aussi — a dit Michelet ^ — « on ne sent mieux les libertés de l'âme. »

La montagne procure et a procuré surtout bien d'autres sensations, souvent fort difFérentes. Les anciens la trouvaient horrible et grelottaient de loin en apercevant les pics neigeux. C'est l'opinion qui a prévalu généralement jusqu'au xviii® siècle. Il est curieux de reproduire la description que faisait, encore en 1760, G.-S. Grùner ^ de la vallée de Grindelwald considérée aujourd'hui comme un paysage sans doute grandiose, mais plutôt riant à côté des aspects farouches des hautes cimes. Tout autre était alors l'impression de l'écrivain :

C'est, à vrai dire, la contrée la plus terrible et la plus affreuse de notre continent : ni hommes ni bêtes n'auront jamais osé s'y aventurer et n'y pénétreront jamais; de gros et terribles blocs de glace y sont entassés les uns sur les autres ; un froid insupportable y règne continuellement et le fond de la vallée est couvert d'horribles et épaisses ténèbres; les eaux qui tombent des rochers voisins font un vacarme épouvantable, qui, augmenté encore par les cris rauques d'innombrables et grands oiseaux de proie, n'inspire que la terreur et vous glace d'épouvante.

Tous ceux qui ont goûté le ciel lumineux de Grindelwald et qui y ont enduré trente degrés à l'ombre

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