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2. Die Eisgehirge des Schweizerlandes (Cilé par G. Casella dans Les Sports et l'avenir, p. 97.)
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seront fort amusés de ce croquis sinistre. Il est significatif d'observer comment une terreur préconçue ou instinctive a transformé le paysage aux yeux de l'écrivain, changeant la fraîcheur en froid, l'ombre en ténèbre, et comment tous les éléments qui nous séduisent aujourd'hui, tels les glaciers et les torrents, viennent renforcer encore la sensation d' « horreur ».
En thèse générale, il faut vivre longtemps dans la montagne pour la goûter et pour l'aimer, car, de prime abord, elle risque fort de déconcerter l'esthétique du paysage telle que la conçoit l'habitant des plaines K
Les esprits évocateurs verront surtout dans la montagne le témoin des anciennes révolutions terrestres : impression que donne particulièrement l'Auvergne et qui paraît avoir dominé chez Taine {Voyage aux Pyrénées) :
Ces formes rudes blessent l'œil ; on sent avec accablement la rigidité des masses de granit qui ont crevé la croûte de la planète, et l'invincible âpreté du roc soulevé au-dessus des nuages. Ce chaos de lignes violemment brisées annonce l'efï'ort de puissances dont nous n'avons plus l'Idée. Depuis, la nature s'est adoucie; elle arrondit et amollit les formes qu'elle façonne, elle brode dans les vallées sa robe végétale et découpe en artiste industrieux les feuillages délicats de ses plantes. Ici, dans sa barbarie primitive, elle n'a su que fendre des blocs et entasser les masses brutes de ses constructions cyclopéennes.
Vision d'un réaliste, comme on devait l'attendre de l'auteur de V Intelligence. Aux yeux de l'idéaliste, au
1. En sens inverse, Schiller a montré Tidée qu'un montagnard peut se faire de la plaine, dans un curieux dialogue entre Guillaume Tell et son fils [Guillaume Tell, acte III, scène m).
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contraire, les monts, dont les pointes élancées le frappent plus que la lourdeur des masses, élèvent l'esprit de la terre vers le ciel. C'est l'opinion de Pétrarque, de TœpfFer, de Lamartine, de Rousseau, qui ajoute ce développement* :
C'est une impression générale qu'éprouvent tous les hommes, quoiqu'ils ne l'observent pas tous, que sur les hautes montagnes, où l'air est pur et subtil, on se sent plus de facilité dans la respiration, plus de sérénité dans l'esprit; les plaisirs y sont moins ardents, les passions plus modérées. Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel.
Il est très juste de noter que cette disposition d'esprit est conditionnée d'abord par un état physique. Mais il aurait fallu pousser l'observation plus avant : une telle réaction s'opère surtout, sinon exclusivement, chez ceux qui viennent à la montagne sans l'habiter toujours, et elle est propre à une certaine élite intellectuelle. Faute d'avoir fait ces deux remarques, Rousseau (et son époque avec lui) s'est lancé dans des considérations tout à fait erronées sur la pureté exceptionnelle des mœurs, le bonheur idyllique et vertueux des montagnards : les montagnards sont des hommes comme les autres, avec les qualités et les défauts de tous les paysans.
Chateaubriand, qui n'a pas compris la montagne, mais qui dans ses diatribes contre elle a vu parfois juste, a rectifié quelques enthousiasmes conventionnels de l'époque de Rousseau^ Il a malicieusement
\.La Nouvelle Jléloïse, partie I, lettre 23.
2. Voir à ce sujet l'intéressant article de M. J. Désormaux, Un détracteur de la montagne (Revue savoisienne, 1907, pp. 201-212),
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fait ressortir que les chantres des chalets alpestres ne seraient guère disposés à les habiter ; et il a donné le premier la note vraie en opposant aux fades bergeries de salon la vérité des « méchantes cabanes, remplies du fumier des troupeaux, de l'odeur des fromages, et du lait fermenté » {Voyage au Mont Blanc). 11 a enregistré aussi cette sensation, exacte en soi : « La perspective à vol d'oiseau est plate et vague; l'objet se rapetisse dans la même proportion que l'espace s'étend » {Voyage à Clermont), Et û en tire cette conclusion plus discutable, que du haut du Puy de Dôme, « la vue est beaucoup moins belle que celle dont on jouit de Clermont ». En tout cas, du sommet la vue est autre, et elle se prête moins au tableau — nous reviendrons sur ce point — que les aspects offerts aux altitudes inférieures.
L'amour des montagnards pour leur pays a suscité aussi bien des controverses. 11 est puéril de croire, comme Rousseau, qu'ils sont attachés à leur sol par la beauté des lieux : le paysan pratique n'est guère sensible à l'esthétique du paysage, et presque tous les montagnards déclarent qu'ils habitent un « mauvais pays ». Chateaubriand les a montrés « qui se regardent en exil et aspirent à descendre dans la vallée ». Et cela est très juste : l'émigration, considérable dans les régions montagneuses, le prouve surabondamment. Ce qui n'exclut pas la nostalgie qui s'empare souvent de l'indigène à la ville ou dans la plaine : elle s'explique par l'amour du pays natal, quel qu'il soit, par le changement d'habitudes, plus grand pour le montagnard, et enfin par un attachement au lieu d'origine d'autant plus vif que la nature est plus rebelle et en raison même de l'effor?: dépensé*
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La haute région, neigeuse, désolée et traîtresse, suggère l'idée de la mort*. Les vallées clairsemées de villages et feutrées de végétation, sont au contraire très vivantes; surtout sous les cieux du midi, leur aspect est parfois vraiment riant. Mais par ellemême la montagne n'est pas gaie, non plus que la mer : elle apparaît grandiose, volontiers énigmatique et 'redoutable, même quand elle profile sa dentelle mauve ou neigeuse sur l'horizon lointaine