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CHAPITRE IV

La forêt ne constitue pas un type de paysage moins caractérisé que les précédents. Il est peutêtre même plus précis : car s'il est souvent difficile de discerner où commence et où finit la montagne, le bois, au contraire, a presque toujours des limites nettes. Contrairement à la mer et surtout à la montagne, il fera malaisément un fond de tableau : on ne le voit pas de loin ni même à peu de distance. Il faut être dans la forêt, non pas même pour la goûter, mais pour la voir. En revanche, dès qu'on y a pénétré on la possède pleinement.

Le personnage essentiel de la forêt, c'est Tarbre, avec son individualité si puissante suivant les espèces. Écoutons André Theuriet, le plus forestier de nos écrivains [Sous bois) :

Ceux qui n'ont pas vu une futaie de charmes, ne peuvent se faire une idée de l'élégance de cet arbre aux fûts minces et noueux, aux brins flexibles, au feuillage ombreux et léger. Et le bouleau! Que n'aurait-on pas à dire sur la grâce de cet hôte des clairières sablonneuses, avec son écorce de satin blanc, ses fines branches souples et pendantes, où les feuilles frissonnent au moindre vent?... Le chêne est la force de la forêt, le bouleau en est la grâce, le sapin la musique berceuse; le

tilleul, lui, en est la poésie intime. L'arbre tout entier a je ne sais quoi de tendre et d'attirant; sa souple écorce, grise et embaumée, soupire à la moindre blessure ; en hiver, ses pousses sveltes s'empourprent comme le visage d'une jeune fille à qui le froid fait monter le sang aux joues; en été, ses feuilles en forme de cœur ont im susurrement doux conmie une caresse.

Après le poète, donnons la parole au peintre dont la vision est plus réaliste :

L'arbre, selon la place qu'il occupe dans la nature, prend une physionomie à part.

Si le chêne se trouve sur un plateau, dans une plaine, son tronc a généralement peu d'élévation; mais il est épais, ramassé, et rattaché sur le sol par des crampons larges et puissants; car ils ont a soutenir ce tronc trapu sur lequel s'étale librement une tête gigantesque, qui use et abuse de sa liberté.

Les chênes des futaies s'élèvent à des hauteurs prodigieuses. C'est entre eux une lutte de géants, pour arriver à voir le ciel et à recevoir les rayons du soleil... Ce n'est qu'à une hauteur énorme que des branches noueuses et fortes s'étendent à droite et à gauche comme pour repousser les faibles et dominer cette mer de têtes d'arbres *.

Les essences qui précèdent dominent dans les forêts de la France septentrionale (Vosges à part), car il faut distinguer les forêts de la plaine et celles de la montagne. Les premières sont les plus célèbres et les plus réputées, à cause de leur proximité des grandes métropoles (notamment de Paris) et des souvenirs historiques qui s'y rattachent, mais aussi parce qu'elles constituent le seul ou le principal élément pittoresque au milieu de régions plutôt monotones. Il serait faux d'en conclure, comme le font souvent des admirateurs trop zélés, qu'il n'y a pas dans la France du sud et de l'est — et hors de France — d'autres forêts aussi belles et plus belles

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