Cf. ci-dessous la classification de Ruskin, p
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fiertiles ; les arbustes et buissons qui s'incrustent sur les terrains pauvres ou en friche ; l'arbre enfin, la suprême expression du règne végétal. Isolé, groupé ou aggloméré, Tarbre devient à son tour un des éléments dominants du paysage. Gomme la montagne et la mer, nous aurons aussi à envisager à part la forêt, qui constitue égalementun des aspects les plus caractéristiques de la nature.
A première vue, l'animal n'occupe pas une place aussi importante que la plante. Mais s'il est moins apparent dans le paysage, son rôle dans la nature est peut-être plus grand (même abstraction faite de l'homme), car il représente la vie active. L'observation moderne lui rend peu à peu la part qui lui est due. Jadis la bête sauvage n'était considérée qu'au point de vue de son utilité ou de sa nocivité pour l'homme et le^ récoltes ; les écrivains, même épris de la nature, n'avaient guère accordé d'attention qu'aux animaux de chasse et au chant des oiseaux. Aujourd'hui, sans même parler des recherches chez les infiniment petits, on a scruté toute cette « obscure furie de vivre qui s'agite dans les eaux », suivant la belle expression de Michelet, tout comme le monde immense et grouillant des insectes, depuis que l'entomologie vulgarisée a trouvé son Buffon en J.-H. Fabre.
Nous n'avons ici à considérer l'animal que dans le cadre de la nature. A cet égard, la part des animaux domestiques est relativement faible. Peut-on abstraire cependant les troupeaux de vaches et de moutons des pâturages alpestres et des prairies normandes, de la plaine beauceronne ou de la bruyère pyrénéenne ? Les porcs noirs prennent place dans une vision d'Anda-
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lousie, comme les oies de la basse Alsace ou du « marais » de la Limagne.
Et nous arrivons à l'homme. Lui surtout ne joue qu'un rôle restreint dans le paysage, puisque le sentiment de la nature, tel que nous lavons limité au début, est complètement distinct, on peut presque dire exclusif de l'étude de l'homme. Pour certains peintres comme pour maints narrateurs de mœurs champêtres, l'étude du paysan dans son milieu prime celle du cadre qui devient un accessoire; mais ce ne sont plus proprement des paysagistes : « Lorsque vous peignez la nature, pensez à l'homme », a dit Millet. f En tant qu'il est attaché au sol par ses occupations et ; surtout par ses hérédités, il:est toutefois incontestable ' que l'homme rentre dans le théâtre de la nature, tout ; au moins comme figurant. Le pêcheur fait partie intégrante de nos côtes, comme le pâtre ou le guide de la montagne. Au contraire, des citadins, en toilette de ville, nous semblent faire tache dans un paysage agreste : par leurs costumes, leurs silhouettes, leurs faits et gestes, ils ne s'harmonisent pas avec le cadre, ils ne sont pas adaptés au milieu.
Le même contraste s'accuse pour les ouvrages de l'homme, dont la part est souvent très grande dans le tableau. Le rôle des « fabriques » — pour employer l'expression compréhensive empruntée par les peintres à l'italien — est particulièrement capital. Il y a des paysages de maisons, et fort beaux : voyez Venise ou telle rue de village auvergnat ou alpestre, tel vieux bourg italien ou cévenol campé sur un rocher. Sans même chercher des motifs exotiques ou archaïques, nous n'avons qu'à regarder autour de nous, comme nous le montrent les matins parisiens de Baude-
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laire^ et d'Anatole France^ Clochers, châteaux forts, ruines donnent leur cachet à plus d'un site. Edifices à part, on ne conçoit guère un paysage marin ou lacustre sans navires, sans barque ou sans port. Nous verrons à la fin de ce volume dans quelle mesure les ouvrages de l'homme peuvent s'incorporer à la nature, y ajouter ou, au contraire, la défigurer à nos yeux.
Le paysage peut affecter une immobilité apparente plus ou moins accusée : il ne se fixe jamais sous aucun de ses aspects, essentiellement changeant suivant l'heure, la saison, l'état du ciel.
Certaines modifications sont irrégulières, voire imprévues : celles qui résultent des conditions atmosphériques. La beauté des nuages, des temps orageux ou nébuleux, des ciels pluvieux surtout, est une impression toute moderne. L'idéal fut pendant longtemps, il est encore pour beaucoup de nos contemporains le classique « ciel toujours bleu ». Il faut avoir passé quelques semaines d'été, voire de printemps, sous un implacable soleil méridional pour comprendre la monotonie d'une atmosphère qui serait éternellement pure, pour apprécier la variété que les nuages, les brumes et les pluies apportent dans le paysage. Les écrivains actuels notent des nuances extrêmement fines qui échappaient à leurs devanciers,