‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 67 sur 157 · Fr. Paulhan, op. cit., p · texte numérisé non relu

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l38 LE SENTIMENT DE LA NATURE

pays latins, beaucoup de personnes cultivées, à l'esprit affiné, voire aux goûts artistiques très développés, et chez lesquelles le sentiment de la nature est à peu près absent. En y réfléchissant, j'ai compris qu'il s'agissait là d'un phénomène normal. Bien qu'il semble moins complexe, bien qu'il doive moins à l'éducation et qu'il paraisse relever plus directement de l'instinct, le sentiment de la nature, historiquement, est bien postérieur au sentiment artistique, dont on trouve déjà les premières velléités rudimentaires chez l'homme des cavernes. Faut-il en déduire, malgré l'apparence du paradoxe, que le sentiment de la nature est une forme supérieure de sensibilité et de jouissance intellectuelle, qui s'épanouit seulement dans un état avancé de civilisation? Cette conclusion ne m'efTraierait pas, et si l'on objectait le caractère intuitif du sentiment, on pourrait répondre qu'il en est de même pour la musique, dont le développement a cependant été considéré par Taine, dans sa Philosophie de Vart^ comme la caractéristique de l'époque contemporaine.

L'art peut amener certains esprits cultivés à l'amour de la nature, en leur faisant mieux regarder les paysages qu'ils avaient peut-être dédaignés, et où ils découvrent ensuite des possibilités insoupçonnées de sensations. La réaction de la reproduction sur l'original — au point de vue subjectif, bien entendu — n'est pas un des aspects les plus curieux ni les moins nouveaux que présentent les rapports entre l'art et le sentiment de la nature.

On a noté — M. Paulhan* après Charles Blanc» —

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