M. Busset, La Veillée d'Auvergne, juin 1913, p
2. Les « fabriques » n'échappent pas à ce procédé : il y a, par exemple, un château de Chillon très romantique avec une silhouette svelte et menaçante, mais tout à fait méconnaissable.
LES CONDITIONS DE l'eXPRESSION ARTISTIQUE l55
ne concevait pas qu'on pût s'intéresser à la simple reproduction d'un site. iVujourd'hui les personnages conventionnels de Poussin nous déplaisent et nous semblent déparer ses paysages; les petites figurines de Corot, là où elles existent, paraissent plutôt inutiles. Les essais tentés récemment pour réintroduire des personnages légendaires * n'ont pas été suivis : le paysage est une forme d'art qui s'est complètement émancipée de la peinture historique, mythologique ou religieuse.
Il en est autrement lorsque Thomme fait corps avec la nature et rentre dans le décor comme partie intégrante. C'est le cas des paysans ou indigènes qui achèvent maintes fois de donner aux lieux leur couleur locale; chez Millet, ils acquièrent une importance telle que le cadre passe au second plan. Mais c'est aussi le cas de Watteau et de Lancret : car les grands seigneurs et les marquises poudrées complètent les parcs et les jardins (qui ont été faits pour eux), — aussi bien que le villageois de Barbizon les champs de blé et les labours de ses plaines. — L'homme ajoute alors à la nature par la signification que peut donner son bien être physique, sa détresse, son attitude de labeur, sa résignation ou sa joie.
Certains peintres visent enfin à représenter des paysages symboliques de telle ou telle idée — tristesse, bonheur, angoisse, majesté, etc., — voire à synthétiser une conception de la nature, de l'existence. Pareille tendance nous semble dangereuse, comme toute conception systématique d'une forme d'art. La