Mireille, Chant V
l58 LE SENTIMENT DE LA NATURE
OU de la métaphore expressive ^ Ce sont surtout des visuels, frappés par les traits saillants, les détails caractéristiques, qu'ils excellent ensuite à mettre en valeur. On s'accorde en général à reconnaître- dans cette lignée les plus grands maîtres de la description : Chateaubriand et Victor Hugo surtout, Flaubert, Leconte de Lisle (plus sculptural encore que paysagiste), Théophile Gautier — pour rester dans la littérature française. Faut-il rappeler quelques passages célèbres, tels que le début de Crépuscule (Les Contemplations)^ la fin de A Canaris [Chants du Crépuscule) ou le Sommeil du Condor [Poèmes barbares); de Flaubert, enfin, plusieurs pages de la Légende de Saint Julien V Hospitalier? Chateaubriand donne réellement la sensation picturale^
A l'opposé, voici les prosateurs et les poètes qui, au lieu de susciter des visions précises et colorées, nous reportent dans l'ambiance du paysage en éveillant en nous les diverses sensations qu'ils ont ressenties. Ils n'ont pas l'œil du peintre, leur mémoire visuelle est souvent défectueuse*, leurs descriptions peuvent être vagues et floues; en revanche, ce sont des sensitifs puissants, des subjectifs qui incorporent l'homme à la nature. Les deux représentants les plus caractéristiques de cette tendance sont Jean-Jacques Rousseau et Lamartine. On a justement remarqué que les descriptions de Jocelyn a ne sortent pas », « ne s'organisent pas en