Lorelei
2. Renvoyons à ce sujet au Problème du style de M. Remy de Gourmont, à l'Art d'écrire et à la Formation du style^ de M. Albalat Le premier auteur soutient, à rencontre du second, que l'art d'écrire est inné chez les grands écrivains, et qu'il n'y a ni recettes, ni formules pour l'apprendre : point de vue qui semble le plus exact.
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romantiques, les premiers, s'attachèrent à la valeur pittoresque et sonore du terme. Sans doute l'harmonie de la phrase a été cherchée de tout temps — d'Isocrate et de Gicéron à Bossuet, de Virgile à Racine — et l'harmonie imitative comme l'aliittération apparaissent dans les poésies des peuples primitifs. Mais le romantisme a montré une prédilection toute nouvelle pour le mot neuf, en ouvrant la lexique littéraire aux termes techniques, populaires, exotiques*, et a demandé des effets inédits à la qualité musicale du mot* :
Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant; La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant.
Brunetière, qui n'était pas précisément un hugolâtre, a rendu hommage à cette qualité si frappante du grand poète :
Longtemps après les avoir entendus, ils continuent encore de vibrer dans l'oreille, et le retentissement s'en prolonge comme à l'infini :
... Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.
Ces vers sont plus pleins, ils ont l'air d'être plus longs que d'autres ; ils disent tout ce qu'ils veulent dire, et quelque chose encore de plus ; ils ne nous émeuvent pas seulement, ils nous agitent, ils nous ébranlent physiquement; nous sommes pris par les sens comme le poète lui-même ^.
On conçoit tous les résultats que peut produire une telle faculté dans l'évocation du paysage. D'au-
1. Bernardin de Saint-Pierre avait commencé avec les mots exotiques, et on a continué plus récemment avec les mots dialectaux. Sur tous ces points, on n'a fait que reprendre, consciemment ou non, les traditions de la Renaissance.
2. Pareille préoccupation se manifeste déjà chez Pindare. (A. Croiset, La poésie de Pindare, p. 390.)