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CHAPITRE III

V V Antiquité.

Nous n'avons pas la prétention de retracer en quelques pages l'historique, ni môme l'esquisse du sentiment de la nature dans ses manifestations littéraires et graphiques. Nous voulons seulement mettre en relief les points les plus saillants en signalant les faits essentiels qui dominent les grandes époques du passé, les tendances des principales écoles modernes, les caractéristiques des tempéraments les plus originaux. A mesure qu'on se rapproche de l'heure présente, l'expression artistique des paysages devient plus complexe et, par suite, s'individualise, se différencie : elle atteint chez les modernes une richesse et une variété de nuances que les anciens ne connaissaient pas. La classification par périodes et par contrées doit faire place, à partir de la Renaissance, à des groupements fondés sur les affinités de conception et de sentiment.

De toutes les littératures de l'ancien Orient, une seule nous retiendra, celle de l'Inde, car elle manifeste, dès les temps les plus reculés, un sentiment

très vif de la nature dont on ne trouve nulle part ailleurs l'équivalent dans l'antiquité. Quand on passe des écrivains latins et grecs aux poètes sanscrits, on est surpris par un contraste parfait; il semble qu'au lieu de remonter les siècles on lésait descendus, car le sens de la vie et l'association des émotions de l'homme à la nature sont exprimés ici sur un mode parfois très moderne, hugotique ou lamartinien*. Le principe panthéiste qui domine ces visions saisissantes des paysages a été mis en lumière par Victor de Laprade :

La nature y est décrite pour nous y faire sentir la présence d'un dieu, d'une vie universelle, d'un être infini 2.

Dans l'expression, il faut remarquer une sensation très intense du monde végétal et de son exubérance, des changements et des saisons ; les descriptions de la montagne et de la forêt avec sa vie obscure et puissante, des drames de l'atmosphère, les paysages de pluie — la pluie qui féconde — sont particulièrement remarquables. Avec l'opulente richesse de sa flore et de sa faune, son relief sans rival et les contrastes d'un climat excessif, l'Inde prétait mieux qu'une autre contrée à des peintures imagées où les couleurs sont vives, les bruits sonores, les métaphores vigoureuses. Voici, par exemple un fragment d'un tableau automnal qui est singulièrement neuf — même après quelques millénaires — pour des Occidentaux :

Les nuages, qui avec un bruit sourd et profond s'élevaient sur les arbres et les montagnes, ont répandu leurs eaux et sont

1. La comparaison avec Lamartine a été faite par Victor de Laprade (Le sentiment de la nature avant le christianisme, p. 65).

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