Op. cit., p
partis. Les nuées, sombres comme les feuilles des nymphaeas, après avoir obscurci les dix plages, ont perdu leur fougxie, comme il arrive à des éléphants furieux. Partout se sont apaisés les vents impétueux et chargés d'humidité, parfumés des fleurs de l'échite et du pentaptère, qui respiraient avec la pluie et les éclairs ^
Mais le sentiment est bien personnel et caractéristique d'une race, plus encore que d'une époque. C'est l'enthousiasme primesautier (et somme toute assez rare) de l'homme encore primitif, mais déjà épris du beau, pour la nature qu'il aime, qu'il adore dans sa vie, dans ses manifestations sensibles et pratiques, jusque dans ses éléments hostiles. Cette conception peut se hausser à l'épopée des grands mythes, comme la célèbre Descente du Gange (Ramâyâna). Mais la simple description elle-même a un relief, une fougue, une émotivité qui ont été rarement dépassés depuis. Tel le paysage de la forêt à travers laquelle la reine Damayanti recherche son époux [Mahahhârata)^ ou cet éloge si pittoresque, naïf et passionné, de la montagne :
Vois ces beau± sommets riches en métaux précieux et qui s'élèvent jusqu'au ciel. Les uns paraissent d'argent; d'autres sont couleur de sang, ceux-ci sont d'un jaune rougeâtre, ceuxlà ressemblent à des émeraudes. En voici de pareils à de vertes bannières resplendissantes sous leurs broderies d'or. Ornée de toutes sortes d'arbres, habitée sur ses hauteurs par des tribus de singes, de tigres et de hyènes, qu'elle est admirable cette montagne ! La prospérité la nourrit : comme elle est riche de jambons, de manguiers, de pentaptères..., de santal, de cèdres et d'autres arbres chargés de fruits et de fleurs; tous répandent sur les âmes l'ombre et la joie 2.