Ramâyâna, Ayodyakanda, ch. CIIL
Ces caractères se retrouvent à travers toute la littérature sanskrite, en se modifiant toutefois avec les siècles. Dans les poèmes descriptifs de Kalidâsa % la puissance des paysages s'atténue, la description devient plus fignolée, la flore et la faune tiennent la première place.
Après l'Inde, c'est peut-être la Chine qui, dans l'Orient antique, semble avoir exprimé avec le plus de compréhension le sentiment de la nature. Ici, et d'après les citations mêmes qu'il donne, Victor de Laprade * nous semble avoir été injuste envers des artistes très fins, d'une sincérité émue et, on peut le dire, très moderne : le scepticisme de leur philosophie, qui répugnait à ses propres conceptions métaphysiques, en est la cause. Les paysages, dit-il, manquent de perspective et d'horizon : ce serait à voir. En tout cas, ils sont sentis, et la poésie des ruines, la mélancolie de l'automne, par exemple, ont trouvé dans l'ancienne Chine des interprètes de talent.
Si de l'Inde, au contraire, on se dirige vers l'ouest, on sent décliner rapidement le sens du paysage, aussi bien chez les Aryens que chez les Sémites. Victor de Laprade a reconnu ^ que, malgré l'éclat des métaphores, la Bible n'offre rien de descriptif ni de plastique : le but est avant tout moral; le monde sensible est absorbé par Jéhovah. Preuve que le monothéisme, contrairement à l'opinion du critique, peut, dans certaines conditions, être défavorable au sentiment
1. On trouvera quelques extraits typiques dans l'ouvrage précité de V. de Laprade, pp. 93 et suiv.