‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 94 sur 157 · fd., p · texte numérisé non relu

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point, mais aux cultures qu'on pourrait y mettre à la place des forêts infertiles, aux facilités qu'on pourrait y trouver pour la navigation : esthétique de paysan auvergnat ou de pêcheur normand. Le Grec est même plus pratique encore, car le Français n'a jamais eu la trouvaille de la « mer stérile », en regrettant qu'on ne pût passer la charrue sur les vagues.

A un degré plus élevé, la nature va servir à moraliser. Quand Xénophon, dans VÉconomique^ fait l'éloge de la vie champêtre, il énumère les plaisirs de la culture, du jardinage, de la chasse, etc. Mais il n'a garde d'oublier les leçons que la terre peut nous donner, et qui sont pour la plupart bien sophistiques ; celle-ci, par exemple: la terre nous apprend la justice parce qu'elle nous donne la fertilité en échange de nos soins. On ne trouve à glaner qu'un joli mot sur les fleurs « qui flattent notre odorat et charment nos yeux. ;>

Un autre sentiment, utilitaire aussi à un point de vue]diff'érent, apparaît dès Homère: c'est l'expression du bien-être sensuel procuré parfois par la campagne — douceur de l'air, fraîcheur des bois et des grottes. Embryon de l'amour de lanature, avons-nous dit plus haut* ; mais ce germe a commencé à se développer dans la littérature hellénique, car on peut mesurer le chemin parcouru entre Homère et Platon. Voici d'abord la description de la grotte de Galypso, qui donne bien une idée de la « manière » grecque, précise, sobre et un peu sèche :

Tout à l'entour de celte grotte s'élevait un bois verdoyant d'ormes, de peupliers et de cyprès; là les oiseaux venaient

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faire leurs nids : les scops, les éperviers et les corneilles marines à la voix perçante qui se plaisent aux choses de la mer. A l'extérieur de cette grotte sombre, une jeune vigne étendait ses branches chargées de grappes; quatre sources laissaient couler une eau limpide, se rapprochant, puis se séparant en mille détours. Sur leurs rives s'étalaient de riches prairies éraaillées d'ache et de violettes ; un dieu môme arrivant en ces lieux était à cette vue frappé d'admiration et goûtait une douce joie dans son cœur *.

Platon est plus délicat et plus sensible :

Par Junon, l'agréable lieu de repos ! . . . Goûte un peu le bon air qu'on respire ; quel charme et quelle douceur! On entend comme un bruit d'été, un murmure harmonieux qui accompagne le chœur des cigales. J'aime surtout cette herbe si douce, dont la pente moUement incUnée semble disposée tout exprès pour s'y coucher et y reposer sa tête, avec quel plaisir-!

Il y a donc lieu d'apporter quelques retouches à un jugement un peu trop sommaire. Rares et brèves comme des lueurs passagères, les Grecs ont eu néanmoins des visions intéressantes, artistiques et personnelles de la nature. Il faut les chercher embusquées dans un membre de phrase, comme la « colline battue des vents et couverte de figuiers » déjà citée par Chateaubriand, dans des descriptions vraiment réalistes de tempêtes^ et de scènes maritimes, chez Homère, voire chez Hésiode, et aussi, plus encore peut-être, dans les épithètes et les métaphores. Sans doute la plupart des métaphores homériques sont des clichés, mais il en estbeaucoup qui, au moins au début, attestaient un sens pittoresque de l'expression, surtout dans la transposition des couleurs de la mer

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