‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 96 sur 157 · La poésie de Pindare, p · texte numérisé non relu

La poésie de Pindare, p

ATANT LES MODERNES *. ÉPOQUES ET REGIONS l83

beauté des animaux sauvages, la force du lion, la vitesse de l'aig-le, rirapétuosité du dauphin, lui inspirent une foule de peintui'es ou grandes ou gracieuses, qu'il est malaisé de détacher, parce que ce n'est le plus souvent qu une fugitive apparition, un reflet qui charme et qui s'évanouit. Mais il y a une chose qu'il a surtout sentie et louée : c'est la beauté du ciel de son pays, soit que le soleil l'inonde de lumière, soit que le disque étincelant de la lune, cette reine brillante des nuits méridionales, semble vouloir rivaliser dans l'espace avec le jour lui-même *.

J'ai souligné le dernier membre d'une phrase, car il caractérise à merveille, sous la plume d'un maître, le sentiment de la nature dans la littérature grecque. Pindare, qui l'incarne le mieux, a des métaphores et des traits saisissants, comme « une plante dans le frais éclat du printemps empourpré^ », comme surtout cette image qui est d'un grand peintre : « sur ses membres délicats se jouaient les ondoyants reflets des violettes empourprées' ». Il a de rapides croquis du printemps, de la nuit, une vision puissante de l'Etna en feu. Mais ce ne sont que de fugitives apparitions, suivant le mot de M. Groiset, tout comme les reflets qui passent sur les émaux et camées de la poésie alexandrine.

Aristophane, devant les paysages terrestres, a un don de pittoresque gracieux et légèrement ému, qui est isolé dans la littérature grecque classique. Des morceaux comme le suivant sont d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares :

Venez, accourez ici, mes compagnons de l'air, vous tous qui pillez les fertiles guérets... et vous qui dans les jardins sau-

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