J. Martha, L'archéologie étrusque et romaine, p
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variété que revêtait déjà le goût de la nature. Dans les fresques de Pompéi, telles vues du Nil, imprégnées de couleur locale avec les palmiers, les lotus, les crocodiles et les flamants, telles évocations montagneuses avec unchevrier et son troupeau près d'une chapelle, ont déjà réellement l'allure romantique. Je ne puis admettre que ces paysages-là n'aient point d'âme.
Les écrivains vont nous donner des témoignages plus précis, surtout les poètes. Le premier, Lucrèce apporte une vision personnelle et pénétrante, qui s'appuie sur une conception métaphysique orgueilleuse et sévère, mais nullement pessimiste comme on l'a dit parfois : nul n'a mieux sympathisé avec la vie universelle, ni tâché d'exalter la joie et le bonheur chez l'homme nouveau débarrassé de toute contrainte, de toute entrave religieuse : à ce point de vue Lucrèce est très moderne, très près de notre époque jusque dans ses illusions. Rien de surprenant s'il en est un peu de même pour les réactions qu'il éprouve devant le monde extérieur. Il a surtout un don d'expression remarquable : relief, couleur, réalisme sont ses qualités maîtresses. Il brosse aussi des tableaux synthétiques d'une belle puissance*.
Il a longuement regardé et observé le ciel, la mer, les rivages, les montagnes, les jeux de la lumière, les lois de la réflexion, de la perspective, comme le prouvent les nombreuses remarques du livre III. Les images sont neuves et vives : c'est « la chevelure rouge, aux feux tremblants » du soleil qui s'élève
1. Par exemple 1, 1-9 (mythe de Vénus) ; I, 251 et suiv. (la pluie qui féconde la terre) ; V, 307 et suiv. (la destruction dans la nature) ; V, 536 et suiv. (les saisons), etc.
sur les montagnes (IV, 406-7), la « roue du soleil volant haut dans le ciel qu'elle inonde de lumière » (V, 433-4), la saison du printemps qui « peint de fleurs les herbes verdoyantes » (V, 1394); ailleurs « la lumière matinale du soleil radié rougit à travers les herbes perlées de rosée » (V, 462-3), la source « baigne d'un large flux les rochers humides, les rochers humides dégouttant sur la mousse verte ». Combien de métaphoses éclatantes que les traducteurs se sont plu à éteindre sous des proses filandreuses et des clichés usés!
Le sentiment n'est pas moins vif, comme le témoigne la description, si souvent citée, de la vache à la recherche du veau qu'elle a perdu :
Elle remplit de ses plaintes la forêt rameuse, immobile ; souvent elle revient à l'étable, frappée par le regret de son petit. Ni les tendres saules, ni les herbes vivifiées par la rosée, ni les fleuves coulant à pleines rives ne peuvent charmer son âme ni détourner sa douleur, ni la vue des autres veaux dans les pâturages joyeux (IX, 358-364).
Les poètes de l'époque d'Auguste nous donnent aussi quelque traits justes, quelques tableaux saisissants. Je relève chez Horace les nuages qui déversent la pluie « sur les champs hérissés » (les éteules) {Ocles^ 1. II, 9), la source « plus éclatante que le verre » (OdeSy 1. III, 13), et ces deux croquis :
Vois sous la neige épaisse comme se dresse le Soracte blanc ; les forêts fatiguées plient sous la charge, les rivières sont arrêtées par les glaces tranchantes *.
1. Odes, liv. I, 9. On traduit généralement g-e/a acuto par* froid piquant » (51c éd. Orelli, p. 47, n. 4) : l'explication concrète de acutus nons semble préférable, en pensantaux glaçons qui hérissent les rivières au cours rapide, quand elles gèlent.
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Voici, compagnons du printemps qui apaisent la mer, les souffles de Thrace qui poussent les voiles ; voici que les prés ne sont plus raidis, que les fleuves ne mugissent plus, gonflés par les neiges d'hiver ^
On pourrait multiplier des citations analogues, et plus variées, chez Virgile. Vision du soir : « les ombres tombent plus grandes du sommet des montagnes ))^ ; — reflet de rivière: «le bois s'étonne des boucliers des guerriers qui brillent au loin sur le fleuve, et des carènes peintes qui nagent »^; — relief de silhouette: le berger, « couché dans la grotte, voit de loin ses chèvres suspendues à un rocher broussailleux»*; — le murmure des abeilles: la « haie d'osier, près du sentier, butinée par les abeilles de l'Hybla, invite au sommeil par son léger bruissements »
Gomme sentiments, dans la littérature romaine, nous rencontrons d'abord le goût des travaux champètrefi, auxquels Gicéron n'était pas le seul à trouver « un incroyable agrément » ^; rien ne montre mieux que les Géorgiques^ après le De natura rerum^ comment l'amour de la culture, le soin et l'étude des plantes, l'intérêt porté à la vie végétale et animale, conduit à l'amour du paysage et à une vision poétique
1. Odes, liv. IV, 12. Voir aussi un joli tableau champêtre [Odes^ liv. III, 18), et passim un goût très délicat pour les fleurs.
2.Égl., I I, V. 84. Biensupérieur, comme vision, au cliché homérique : Bjaexd t T\{k<.oç,