‹ Le sentiment de la natureChapitre 19 sur 52 · LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE PAYSAN

mant, battus tard et toujours élevés dans la traditionnelle vermine... Leurs plaisirs?- Le verre d'alcool. Le refrain obscène ou idiot apporté de la caserne.

Leurs progrés intellectuels > L'envie basse, vile, envers les habitants des villes, non seulement envers les riches, mais aussi envers les ouvriers... ils envient jusqu'aux mineurs qui gagnent le double qu'eux du « bel argent blanc » en une journée !

Pauvres êtres inconscients, inoffensifs, brutes et bétes, êtes-vous décidément irréformables >

L'idéal du progrés, a-t-on dit, c'est de voir le paj'san lire \'irgile le dimanche sous un chêne. . .

Est-ce qu'en cette occasion le mot de progrés ne serait pas un de ces mots sonores et vides qui servent de hochets à nos phrases verbeuses et puériles ? — On a dit de Dieu qu'il est le même hier, aujourd'hui et éternellement. C'est vrai de l'homme, c'est vrai de la Nature, c'est encore plus vrai du paysan. . . Et ces deux derniers facteurs qui vivent si près l'un de l'autre et se pourraient consoler l'un par l'autre restent étrangers et presque ennemis.

11 semble bien qu'il n'y ait rien à faire.

Le sentiment du beau dans la Nature est la dernière conception qui puisse pénétrer leurs âmes obscures. Leur dire la gloire des matins chastes, la mélodie des feuillages sylvestres, c'est parler à leurs oreilles une langue inconnue. Vous pouvez aux plus intelligents parler politique, religion, agriculture, science, ils vous feront bondir par leurs propos déraisonnables-, mais tentez de les entre-

tenir de ces choses infiniment plus belles qui sont là à leur portée, mille fois plus intéressantes et suggestives que toutes les querelles saugrenues de politiciens éhontés ou de sacristains superstitieux, et vous verrez un Iront se rembrunir, une lueur de mécontentement passer en des yeux clairs, si clairs, qu'il ne semble rien y avoir en eux, pas l'ombre d'une pensée non cupide.

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