ET LA FEMME
Le savant, le paysan, voilà des mentalités bien définies où il était relativement facile de rechercher les traces d'amour... En sera-t-il de même à l'égard de la mentalité féminine r
— Du tout : Sentiments plus fins, idées plus molles, imaginations plus ardentes, conceptions plus variées et vives, compréhension plus facile des complexités d'âme... Est-ce là la mentalité féminine '?' Nous ne prétendons point en faire une analyse inutile ici. . .
Disons seulement qu'en parlant ici de la femme, nous ne voulons parler que des femmes arrivées à une certaine vie intérieure et qui pensent et ressentent par elles-mêmes : Elles sont heureusement plus nombreuses que jamais. La question est d'autant plus difficile que nous sommes en présence de la sensibilité féminine souvent bien plus riche que la nôtre.
Au sujet des rapports de la Xature et de la Femme, le premier point à noter, croyons-nous, est celui-ci : La femme saisit entre elle-même et la nature une très profonde analogie.
(( Les femmes, dit Mœteiiinck, sont vraiment les plus piociies parentes de l'infini qui nous entoure, et seules savent encore lui sourire »... Il y a bien, en effet, une correspondance mystérieuse et certainement plus étroite que pour nous, entre la vie universelle et l'âme féminine. Il y a quelque those de plus souple, de plus aisé, une sorte de compréhension mutuelle plus pénétrante dans les rapports de ces deux vies : La femme néglige mieux, à l'occasion, la voix de la pensée raisonneuse, dislingue le particulier de l'éternel et se laisse moins tenter de tout expliquer. Et surtout elle ne cherche point à condenser en elle ce qui n'est pas elle ; au contraire, elle aime à se laisser dominer par le monde extérieur, à se donner à quelque chose d'extérieur à elle. De là sa propension aux sacrifices, aux dévouements, à la subordination de son activité envers un être, une idée, une suggestion même, beaucoup plus qu'envers sa propre volonté (i).
Ainsi, en présence de la Nature, la femme saura certainement mieux que l'homme se taire, écouter, voir, aimer. . .
Sans vaines interrogations, sans révoltes de l'or gueil raisonnable, elle sait s'asseoir et remplir ses yeux des beautés de la Terre, elle reçoit et ressent vivement l'influence des choses, elle laisse la vie universelle pénétrer sa propre vie . . .
(i) Epouse ou mère, sa raison d'être, peut-on dire, c'est le mari, l'enfant. Elle a des devoirs envers elle-même aussi, je suis trop féministe pour ne pas le faire remarquer.
LA rE.MAlE 107
Exquise ébauche digne d'un grand peintre : La nouvelle Marie écoutant les enseignements du Maître, c'est-à-dire, la femme extasiée à l'ouïe des voix peu claires, mais si amoureuses, qui semblent, auprès des sylvestres fontaines, égrener des caresses invisibles et fraîches, ou qui fredonnent des chants d'éperdue tendresse autour des fleurs royales, sous les cieux enchantés.
Aux plus intérieures régions de l'âme féminine se révèle impérieusement — toujours — un secret et instinctif penchant pour les idées, les mots, les aspects, les signes quelconques par lesquels il lui sera donné rappel, rencontre ou prévision de l'amour... Quelle eurythmie! Dans la nature et chez la femme, l'amour explique tout : A ce seul but un seul moyen : La Beauté. « L'amour, dit Renan, est le premier des grands instincts révélateurs qui dominent toute la création. » Et il ajoute : « Ces aspirations mystérieuses se résument en la fleur, la fleur, ce problème sans égal devant lequel notre étourderie passe avec une inattention slupide, la fleur, langage splendide ou charmant, absolument énigmatique.
... ((La petite fleur, en effet, que l'homme voit à peiiie, est aussi parfaite que la grande.. . Au sein du règne animal l'équivalent de la fleur, c'est l'ivresse de joie de l'enfant, la beauté de la jeune fille, cette lueur d'un jour, cette exsudation lumineuse. . . »
La lemme, la grande fleur, la fleur parfaite, apparaît à ce point de vue comme le fait cul-
minant de la vie du Monde, parce qu'en Elle notre race raisonnable (dont les vrais liens qui l'attachaient à la Nature-mère sont brisés depuis la conquête du langage) se retrempe et se rajeunit au contact de la mystique et immatérielle effluve mondiale, origine, fin et intermédiaire de toute existence, de toute âme, de toute pensée, océan infini qui baigne et pénètre tout l'Univers, vit et meurt en chaque créature, et constitue l'essence vitale et primordiale de Tout.
L'homme, lui, se différencie trop de la Nature, s'oppose trop à elle afin de se poser lui-même ; orgueilleux, impénitent, il l'éloigné de lui comme pour la mieux voir, comprendre, scruter.
X'aines études ! L'analyse nuit à l'amour. La femme, elle, est à la fois consciente, — et par là humaine — instinctive, — et par là naturelle. Elle participe davantage de l'Etre multiple, ondoyant, divers, illimité, rayonnant, épars et beau qui est à la fois l'éclat velouté des pervenches, des prunelles de femmes ou l'inspirateur de leur plus généreuse pensée. Ce sont de mystérieuses attaches, des correspondances ténues et fortes, des rapprochements et des atîfinités impalpables qui relient ce cœur féminin aux moindres palpitations des voix confuses, à la plus insignifiante modification de rUnivers.
(3n dirait qu'aux plus obscures contrées de sa sub-conscience des forces la ramènent invinciblement à la communion avec la \'ie.