‹ Le sentiment de la natureChapitre 21 sur 52 · LA FEMME I O · texte numérisé non relu

LA FEMME I O

Pour les femmes d'une culture suffisante et qui sont conscientes de tout ce que nous venons de dire, quel constant commerce entre elles et la Nature ! Et pour celles qui sont averties de l'identité de la Beauté révélée par la Nature et par ellesmêmes, quel merveilleux échange de sourires, d'inspirations, de hautes pensées !

Quelle étroite corrélation, par exemple, entre l'âme d'Avril et la jeune tille! Et il ne s'agit pas seulement de l'apparente similitude de leurs puretés extérieures : — teint blanc, épidémie velouté et délicatement rose, exactement pareils à ceux des pétales de cerisiers et de pommiers qui font une si candide robe à la Nature vierge encore ; — limpidité bleue des prunelles exactement pareille à celle du ciel printanier. . . Non, il existe encore de plus profonds rapports : Sourires ingénus, d'abord un peu froids, lumière blonde et tranquille qui semble baigner les timides gestes de la femme pure, de la nature intacte. Tout se relie, tout a sa correspondance parfaite, jusqu'à ces alternatives d'ondées et de raj^ons, exacte peinture d'une âme de jeune fille qui peu à peu devient femme et se trouble, pleure ou rit pour tout, pour rien — : l'équivalent du nuage qui passe... jusqu'à ces heures d'alanguissement, prostrations de l'être au sein duquel une lente métamorphose s'accomplit. . Minutes exquises, mystérieux émois, pudeurs qui frissonnent au vent du soir, délicates et fines

corolles, pleurs d'avril, larmes de jeune fille... tout n'est-il pas à tel point semblable que les mots pour le dire sont les mêmes, mathématiquement ?

Ces choses ont le charme de ce qui dure peu. Tout s'est épanoui, la petite fleur a déroulé ses pétales et la grande est formée. . .

Les jours s'allongent, le soleil brûle. Tout est prêt. Les forêts, les montagnes, les oiseaux, les vallées, les plaines ont refait leur demeure et l'ont parée pour l'amour.

La jeune fille, pareillement, s'est éclose en une merveilleuse fleur pure où semblent condensées les grâces inimaginables de corolles innombrables. L'adolescente est devenue femme. Pour elle, comme pour la Nature, c'est le vrai, l'unique moment de la Beauté souveraine. L'heure est venue des gloires resplendissantes, des midis tièdes où la matière la plus inerte elle-même paraît entrer en vibration sous les caresses ardentes du soleil.

C'est un épanouissement général :

(f Chaque brin dheibe met une robe soyeuse ».

Une ivresse enchantée, un sentiment de plénitude heureuse encore que gonflée de tumultueux désirs. . . Une puissance rénovatrice, une formida ble force dénoue les corsets verts des boutons de roses, dégrafe les pétales enroulés. . . L'air lourd, chargé de parfums étranges plombe les pru-

LA FEAIME I I I

nelles féminines, fait battre leurs paupières, soulève d'ineffable angoisse les poitrines alourdies.

Longs jours de juin, prairies hautes, rouges fleurs qui ensanglantez les avoines frissonnantes, lumières harmonieuses aux timidités abolies, la femme adulte et pas encore épouse, qui traverse vos heures enchantées, subit votre fièvre et re çoit devons d'impérieux appels. Comme vous, aux midis radieux, elle défaille; et sa gorge se serre, le soir, quand elle vous entend chuchoter les tendres verbes par lesquels vous célébrez l'éternel amour. . .

Ah ! vienne l'être à qui toute, inconsciemment, elle voudrait se donner, vienne aussi le repos satisfait des étés brûlants !

Le soleil ne monte plus. La Nature semble avoir accompli sa tâche la plus haute. L'atmosphère, plus chaude est moins fiévreuse. Une paix nouvelle flotte sur toutes choses. C'est l'heure somptueuse où chaque élre a atteint l'apogée de sa croissance, où la plupart des poussières d'or, des poussièies fécondantes issues des étamines déroulées ■ — après avoir flotté par myriades — sont doucement redescendues et reposent sur les pistils gonflés de sève. . . Et toutes les corolles heureuses se referment ou neigent en taches multicolores sur le sol.

Et quelle joie aussi pour la jeune épousée,

appuyée sur un bras viril, de s'arrêter, une seconde, au milieu du chemin ! La femme est aussi à l'apogée de son destin, entre le mariage et la naissance du premier enfant. Le bonheur de se sentir en harmonie avec tout, auréole sa face allongée, plus grave... Et cet éclat lumineux, ce bonheur lui-même, ne sont-ils pas pareils à ceux qu'exhalent les frondaisons de juillet et d'août, les herbes hautes, les deux foncés, les pétales presque fanés de lassitude sous les baisers du soleil ;*

Mais les jours fraîchissent peu à peu. Les fruits dorés, les fruits roses, les fruits d'ambre, les fruits savoureux se gonflent et tombent... Les fleurs rares respirent une grâce précieuse et sereine. Les feuilles elles-mêmes perdent leur verte luxuriance et les paysages deviennent fauves, blonds. .. prennent les teintes les plus imprévues et les moins communes : rouille, lie de vin, violet, roux, pourpre. . . Et dans les prairies coupées, que la rosée du matin glace et recouvre d'une blancheur peu à ])eu fondue sous la montée du soleil, les fleurs au suc amer, les fleurs de veuve, les fleurs de deuil s'alanguissent.

Toute cette douceur un peu triste, éveille une magique correspondance au cœur de la femme mûre qui se promène dans celte campagne blonde et féconde encore, en sa plus délicate et fragile beauté. Elle foule du pied les feuilles mortes, et

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