‹ Le sentiment de la natureChapitre 22 sur 52 · LA FE.MME I I · texte numérisé non relu

LA FE.MME I I

rêveuse, emplii ses yeux clairs de la splendeur indicible et chagrine du ciel chimérique qui pâlit en des crépuscules gris-perle et lilas tendre.

L'amour ! voilà le verbe radieux dont Téclat pâlit dans le cœur de la femme comme dans l'âme des choses. Les fécondités vigoureuses ne sont, ni pour l'une, ni pour l'autre, une joie suffisante.. . Elles pleurent et recherchent encore ce qui demeure. Elles voudraient retenir l'amour ardent qui triomphait naguère aux frondaisons de juillet, l'amour qui doucement s'évanouit et se glace ; et, pour lui faire cortège, la Nature et la Femme se parent de leurs grâces les plus exquises et les plus enveloppantes, se font plus souples et plus blondes, ont leurs sourires les plus charmeurs et leurs fleurs les plus aimables... car tout va mourir. P.!nsorcelante tristesse des jours chimériques, morts des lumières, sérénités languissantes et frêles, combien la femme moins aimée qui se souvient et se sait belle encore, vous respire avec passion ! Et de quels pensers attristés, de quels mélancoliques retours vous êtes les inspiratrices !

Elle voudrait aimerencore, la promeneuse solitaire, et son cœur déborde à nouveau de rêves passionnés auxquels s'ajoutent des pensées plus tendres, mais le sol à ses pieds est couvert de feuilles rousses, l'horizon vers lequel elle va, se teinte de couleurs austères et se voile de vapeurs endeuillées. Un coin du ciel est divinement pâle là-bas, et n'est pas l'annonciateur d'une aube d'amour. Les derniers reflets s'évanouissent, lentement les feuilles tour-

noient dans la limpidité du soir et tombent... Plus de flamme. Et pleurent les yeux de femme comme pleurent les choses en ces nuits fraîches.

Et pourtant la nature et la femme sont peut-être plus attirantes et désirables que jamais en la splendeur de leur maturité déclinante. Et en certains jours, un éclat de voi.x, une ivresse du ciel ensoleillé, un sourire amoureux des lèvres ou des dernières roses ne viennent-ils pas halluciner nos coeurs ?

Nous croyons une seconde au retour des gloires et des ardeurs passées, mais tout s'efface. . . et la grâce des êtres aimés s'alanguit de plus en plus, jusqu'à l'évanouissement en brouillards glacés — linceuls gris des plus somptueuses beautés. . ,

Je ne sais si j'ai exprimé un peu de ce qui est si clair en mon esprit: La Nature est femme ; la Femme est une nature parfaite, en petit, et consciente. Elle est le vrai microcosme: En son âme, comme en sa chair, toutes les métamorphoses de la nature se reflètent magnifiquement. . .

Ah ! je voudrais, je voudrais avoir montré comme les plus légers et fugaces frissons des créatures sommeillantes et belles ont leur frisson correspondant sur la peau blanche et rose de l'Aimée ! Je voudrais avoir exprimé avec l'éloquence la plus haute du verbe humain, la grande loi d'harmonie qui se résout pour l'esprit féminin en un profond

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