‹ Le sentiment de la natureChapitre 31 sur 52 · LE SENTIMENT RELIGIEUX I · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT RELIGIEUX I

la séve de l'éternelle \'ie : Le senliment de la Nature ne se confond plus avec le sentiment religieux.)

A ce point de vue, ce serait un vrai service que nous aurait rendu le Christianisme ; car enfin, si nous étions restés païens, nous n'aurions peut-être jamais pu débarrasser notre conception de la Nature de l'idée de ces divinités multiples errantes au-dessus d'elle.

C'est donc un bien, mais c'est peut-être aussi un mal : Hélas, en balayant toutes ces divinités, la raison Chrétienne a vidé du même coup la Nature de son contenu divin, réel, éternel. Le Monde perdait son âme mobile, fuyante et belle que nos premiers parents adoraient d'instinct parce qu'ils la sentaient palpiter autour d'eux partout, dans les sourires des fleurs, le vent de la mer, la tiédeur des plages, les pleurs du matin.

... Et voici, notre plus beau rêve serait de retrouver vivante cette âme féconde et généreuse de Tout, de la retrouver pour la chérir et pour l'adorer, pour la bénir et la glorifier, elle, la seule Déesse qui dure.

Mais encore d'autres considérations se pressent devant mon esprit. . .

Voyez la Réforme : Elle n'a pu empêcher la Renaissance de retourner au culte de la nature. Mais pour elle, elle s'est faite ascète, et elle a pros-

crit l'art (1). Qu'on ne s'y trompe point en effet: Si la Réforme a supprimé les ordres monastiques et les solitaires, elle n'en a pas moins méconnu le monde réel. Elle a été un retour au Christianisme primitif d'un Paul, elle n'a pas été un retour au Christ vivant et aimant la vie. Dans son mouvement vers les sources, elle s'est arrêtée avant d'avoir atteint le but sauveur (c'est à-dire : avant d'avoir retrouvé la personnalité de Jésus débarrassée de tout ce que les étroitesses, les superstitions, les puérilités avaient mis autour ; notamment le surnaturel). La Renaissance catholique restait beaucoup plus prés de la nature par sa compréhension du paganisme.

Mais la Réforme contenait en elle le germe de progrés successifs. En voici la preuve : Tout le mouvement philosophique allemand moderne, qui est issu de la pensée et delà critique protestantes, est revenu au sentiment de la nature, par un chemin détourné il est vrai, mais fort intéressant à suivre un instant :

A l'aube des jours, la religion et le sentiment de la nature furent simultanés, et simultanément panthéistes.

Mais s'il est permis d'indiquer une succession, il faut dire, je crois, que le sentiment de la nature (ou de ses forces ou aspects) a préexisté et a donné naissance au sentiment religieux. De leur alliance

(i) J'ai traité de cette quesiion dans une brochure intitulée Le Protestantisme et l'Ait.

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