LE SENTIMENT RELIGIEUX
naquit le panthéisme indou, païen, philosophique, stoïcien. Puis la religion délaisse peu à peu la nature jusqu'au Christianisme qui la condamne.
Or, en Allemagne, le chemin qui mène à la connaissance et à l'amour de la Beauté naturelle semble avoir été parcouru dans un ordre inverse : La religion réformée méconnaît la nature, mais préconise le libre examen, en principe du moins. Mais ce principe se maintient, et, de la pensée protestante naît une philosophie qui — en sa partie raisonnante — est bien obligée d'admettre l'Univers et de l'expliquer. De là un point de vue nouveau : On s'aperçoit de l'existence de la nature et on y songe. Bien mieux, cette philosophie, par son souci de voir l'ensemble des choses (i) et d'être moniste, arrive, de degré en degré, au panthéisme. De là, il est clair que les esprits débarrassés du joug des dogmes (non pas du sentiment religieux), librement adeptes de la philosophie du jour, qui se trouvèrent en même temps des esprits sensibles, épris de formes et de couleurs, donnèrent vie à cette philosophie panthéiste en l'adaptant au sentiment de la nature.
Ainsi le sentiment religieux protestant redevient ami du sentiment de la nature au même degré mais de différente façon que le sentiment religieux issu du pagano-christianisme de la Renaissance.
(1) Parce que proiestanie.
Il faut noter chez nos modernes poètes une recrudescence de panthéisme. Soit qu'ils subissent l'influence de la philosophie allemande, soit qu'ils pensent que le panthéisme est une conception indispensable à un fervent amoureux du Monde, ils témoignent de beaucoup d'enthousiasme pour cette philosophie qui est en même temps une religion.
Et non seulement les poètes, mais tous ceux qui allient une âme haute avec un cœur sincère ont témoigné de cette ardeur amoureuse qui nous porte en certains soirs à désirer follement la cessation de nos puérils efforts, de nos impuissantes volontés pour nous perdre dans le Tout vivant. ^ La forêt vous prend, dit P. .Margueritte, elle vous garde. Vous n'êtes plus à vous, mais à elle. Dépossédé du temps, du lieu, du désir et du regret, il n'est plus rien en vous que l'instinct d'errer des heures, au hasard, sans but, réduit à vivre l'unique vie des sens, la pensée si flottante qu'elle en est presque dissoute ». Oh oui, n'est-ce pas le cri universel de nos consciences lassées. . se dissoudre en Elle, fleurir avec ses fleurs, courir avec le vent, laisser sa vie couler lente a\ ec la sève rajeunie des chênes, aller par lentes métamorphoses de vies en vies, toujours être sans être, un peu de soi partout, en d'innombrales e.xistences fraîches, parfumées, sereines, inconscientes, adorables!
Ne plus penser! Ne plus tourner et retourner en sa cervelle anémiée les problèmes insolubles, les