‹ Le sentiment de la natureChapitre 47 sur 52 · L'EXPRESSION FUTURE DU SENTIMENT · texte numérisé non relu

L'EXPRESSION FUTURE DU SENTIMENT

Certes non, il ne faut jamais se plaindre de la trop aimer, la Nature infinie, de même qu'il ne faut jamais désespérer de voir son idéal réalisé. Ce sont là les marques des grandes âmes. Et tant d'autres n'ont ni le goût, ni le sens du beau parce, que des ambitions vulgaires étouffent en eux tout autre sentiment pur.

Les difficultés sont innombrables, et des jeunes gens non simplistes se sont plu à les compliquer encore. Le souci de peindre les couleurs et les formes telles qu'elles sont leur paraissait vulgaire et médiocre. Il leur fallait des mots rares, des images précieuses... Ils inventèrent la transposition des sensations. .. Les sons furent exprimés par des couleurs, les couleurs par des formes. . . Ce sont là phénomènes qui appartiennent plutôt à la pathologie psychologique qu'à la saine littérature, et à part quelques heureuses trouvailles d'images évocatoires, ces velléités étaient stupides, car la Nature

ne pardonne point à qui la travestit ; et qui donc a déjà réussi à tout exprimer de sa vivante beauté pour qu'on en soit réduit à la maquiller?

Mais, peut-être ces aspirations révélaient-elles le désir confus d'un art nouveau >

Notre monde moderne se transforme, le champ de nos investigations s'est formidablement accru et les vieilles paraboles ne correspondent plus à notre sens de la vie et de la beauté. Notre sentimentalité est aussi aiguë que celle de nos aînés et noue imagination aussi étendue, mais à vrai dire les chants et les images d'antan ne les satisfont plus ; nous les savons par cœur...

Ah ! qui chez nous viendra prêcher d'une voix autorisée le retour aux sources, la renaissance du culte de la Nature > Elle seule peut rafraîchir notre inspiration et commander des œuvres fortes.

Nous éprouvons de vives craintes à voir les jeunes s'éloigner d'Elle... Nous l'avons vu, leur art en deviendra de plus en plus factice, conventionnel, faux... Où est donc l'apôtre qui dégagera par son verbe le sens du Rythme universel et glorifiera notre indéfectible aspiration vers le Beau >

(( Il faut avoir pour donner ».

Si ces considérations paraissent fondées, nous permettra-t-on dédire ici notre rêve r Nous rêvons une expression littéraire du sentiment de la Nature qui soit en quelque manière picturale, c'est-à-dire qui réunisse par ses moyens les effets d'une peinture et d'une poésie, qui fournisse à nos âmes dégoûtées des images fausses la sensation d'une

chose vue... En certaines pages, le naturalisme d'un Zola, le paysagisme d'un Theuriet, l'idéo-réalisme d'un G. d'Annunzio ont presque atteint à cette hauteur. Et n'est-ce pas le but le plus excellent que puisse se proposer l'œuvre d'art appliquée à la création de la Beauté? Ce n'est pas au lecteur à interpréter, à soulever le voile qui cache le beau naturel dans l'art. 11 faudrait que, par la magie du stylet, le choix du verbe, apparut à toute âme la triomphante et vivante image de la Beauté, non seulement évoquée, mais présente.

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