‹ Le sentiment de la natureChapitre 7 sur 52 · UN ROMAN D'AMOUR · texte numérisé non relu

UN ROMAN D'AMOUR

Jusqu'ici, nous n'avons examiné, en somme, que les questions qui encombraient le chemin. . . Apparences, objectivités, genèses... thèmes intéressants et suggestifs, oui, mais nous ne sommes pas entrés dans le cœur du sujet. De loin, nous avons contemplé le superbe jardin, mais il nous fallait d'abord en considérer l'aspect général, étudier la nature des barrières, des fossés, des obstacles qui s'interposaient entre nous et lui... premières besognes fastidieuses, premiers chapitres ennuyeux, peut-être (je parle pour le lecteur), mais nécessaires. El maintenant la porte est ouverte, nous allons pouvoir entrer dans l'enclos merveilleux, nous promener à l'aise sous les ombrages séculaires et cueillir en paix les fleurs somptueuses . . .

Mais au moment de faire ce pas et d'écrire la page décisive de qui dépendra le charme ou l'ennui du lecteur, je me recueille encore et je rêve sous le ciel alangui du soir...

Il y a là-bas, à l'occident, une simple lueur d'une couleur indéfinissable, mais si pure, si dia-

phane, qu'il me semble voir là une trouée, une déchirure dans le bleu du ciel, et cet espace est si incolore, si pur, qu'il s'annihile lui même et parait une ouverture sur l'au delà du ciel... Je n'y vois autre chose que la Lumière, la Lumière vierge et nue qui flotte impondérable et règne, unique souveraine, dans l'espace sans fin, là-bas, toujours plus loin, éternelle solitaire.

Aurais-je chargé mon rêve d'un espoir impossible ? Et mon œuvre, semblable à cette lumière que rien ne borne ni ne conditionne, serait-elle irréalisable, puisque la réalité a besoin, pour être, de se poser entre ce qui est elle et s'oppose à elle >

Ce n'est point pourtant par un vain désir d'écrire des lignes de flamme que j'ai entrepris cette œuvre, mais c'est poussé par l'ardente foi que je possède en la beauté universelle... Et par cette foi je retrouve la possibilité de continuer un travail aussi démesuré par rapport à mes forces.

Comme tout zélé et enthousiaste sectateur d'une religion, je voudrais faire partager ma foi, je voudrais réunir les hommes de toutes races et de tous pays en une communauté mystique dont les régies ordonneraient l'adoration journalière des choses créées...

Folie !!

Il faudrait d'abord inculquer aux cœurs et y faire germer et s'épanouir l'amour de la nature. Et cet amour ne se commande pas.

Chose étrange ! Sous un même ciel, entouré des produits d'une même civilisation, vivant au sein

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