‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 20 sur 92 · DIRECTION DONNÉE AUX SCIENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

DIRECTION DONNÉE AUX SCIENCES NATURELLES

En aucun temps la philosophie et la poésie n’ont employé le mot Nature aussi fréquemment qn’au dix-huitième siècle. C'est à la nature comme raison dernière de toutes choses que nous renvoient les savants et les métaphysiciens de l’époque; c'est la religion et les mœurs de la nature que prêchent ses moralistes ; ses poêles commencent sous le nom de descriptif un genre nouveau dans le but spécial d’entretenir les hommes des beautés du monde matériel, et comme ils le disent de

Leur apprendre à connaître , à sentir la nature *.

I<a littérature du siècle de Louis XIV avait laissé tout ce qui est extérieur à l'homme dans un oubli peut-être

t. Saint-Lambert, les Saisons, invocation.

excessif, mais qui du moins atlestait un noble sentiment de la dignité humaine, de la préséance que l'art doit accorder dans ses créations à l’expression de lame, à la peinture du monde moral.

Dans les années de la vie et dans les siècles de l’histoire où l'esprit humain jouit de toute la plénitude de son énergie et de sa virilité, il est porté à dédaigner tout ce qui n’est pas lui-méme; il considère avec raison sa propre figure comme le type nécessaire et le sujet le plus élevé de la science et de l’art. Un illustre écrivain de nos jours a dit avec une grande profondeur :

« L’examen du monde matériel, le génie appliqué non « plus à la création d’idées sorties de lui-même, mais « à l’analyse, à la description d'êtres étrangers à « l'homme c’est là un travail d’arrière-saison pour l’in- « telligcnce humaine (1). »

Celte attention si vive donnée à la nature extérieure est loin d’être un signe d’avenir pour les lettres, même quand elle se produit comme au dix-huitième siècle, avec la doctrine d’une jeunesse éternelle pour l’humanité et d’un progrès sans limite. L'étude prépondérante du monde matériel annonce plutôt un affaiblissement de la raison, et cet abaissement du caractère dont nous sommes témoins au milieu des splendeurs que l’art et la science de nos jours ont empruntées à l’univers physique.

La science de la nature, l'industrie qui s’en approprie les forces, l'imagination physique élargissant la sphère des arts, apportant au style de si grandes ressources, voilà sans doute des acquisitions précieuses : mais elles

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