L'ARCHITECTURE ET L’ART DU MOYEN AOE
viendra l'essence même des constructions chrétiennes; bien plus, la nature fournira sa large part d'éléments représentatifs à ces temples d'un Dieu séparé d’elle par l’infini, à ces sanctuaires d'une religion qui la considère comme déchue et qui voit en elle le principe du mal. Sur tous les points h la fois le symbolisme s’impose à l'architecture avec l’inspiration catholique, par le sentiment de la nature, par l'histoire, par les nouveaux besoins de l’âme.
La foi nouvelle n’atteste pas seulement le Dieu pur esprit, elle atteste aussi le Dieu fait homme, un Dieu qui sortit un jour de son éternité pour entrer dans le temps, un Dieu dont l'existence terrestre a ses épisodes comme toute vie. un Dieu qui naît dans une élahle et qui meurt sur un gibet, et dont l’histoire commande nécessairement à l’art et au culte une grande partie de leurs formes. Le temple reproduira la figure de la croix; il devra, dans ses proportions calculées pour un effet d'immensité, de mystère et d’élancement, satisfaire à ce besoin d’infini, d’aspiration vers l'invisible, d'ineffables tristesses et d’ineffables espérances par qui l’âme humaine est devenue lame chrétienne.
Nous n'avons pas à étudier ici dans l'art chrétien ce qui relève de la métaphysique et de l'histoire,, mais cette part de symbolisme qui dérive du sentiment de la nature. Gomment , dans un spiritualisme si austère, dans un culte strictement calqué sur l’histoire de la personne divine pour devenir le moule ascétique de la
LE MOYEN AGE
personne humaine , comment l’art admet-il autant de principes et d’images destinées à représenter la nature et la poésie du inonde visible? Au sein du christianisme et dans le déclin des sociétés antiques avec un Dieu nouveau, surgissent des races nouvelles. En recevant la foi chrétienne, les conquérants barbares de l'empire romain devaient apporter aux formes de la religion certaines conditions inhérentesâ leur propre caractère. Des races germaniques , nos ancêtres mêmes les anciens Celles, toutes ces nations dont l'amalgame, entre les Pyrénées et le Rhin, formait la nation chrétienne par excellence, toutes ces races élevées dans les grandes forêts étaient profondément imprégnées du sentiment de la nature; leur ancienne mythologie en dérivait. De grand art chrétien, l’architecture ogivale, évidemment née entre le Rhin et la Loire, ces merveilleux sanctuaires si remplis do la présence de l'invisible et qui parlent si clairement de la passion et de la mort de PHomme-Dieu, l’architecture des cathédrales témoigne en même temps d’uu incontestable naturalisme. C'est la diversité, la multiplicité des éléments d’inspiration, qui fait le prix de cet art si étonnant et si touchant. Il se compose à la fois d’une géométrie infiniment plus savante que celle des Grecs, d’un symbolisme éloquent, profond, passionné qui remue des cordes de Pâme que l'antiquité classique ne soupçonne pas. L’esprit y apparaît plus dégagé de la matière, plus souverain, plus seul à seul avec lui -même que dans aucune des conceptions de Part antérieur; et pourtant l’univers qui végète et qui vil, la nature, en un mot, s’y trouve aussi fortement manifestée que les mystères de Pâme et l’histoire de la vie divine.