‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 31 sur 92 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le dix-huitième siècle peut revendiquer comme tout à fait sien un genre d'écrit pour lequel il a créé le nom de poésie descriptive. Par le fond et par la forme, cette variété littéraire est bien de l’époque où achevait de fleurir, prête à tomber en poussière cette théorie de la distinction des genres du haut de laquelle Voltaire se félicitait d'être exempt des mots bas et indignes de la tragédie qui déshonorent le vers de Corneille. Le genre descriptif est par excellence le fruit poétique du dixhuitième siècle, car il est à la fois vide de poésie et privé de style. Les œuvres qui s'y rapportent ont droit, sans doute, de figurer dans une nomenclature littéraire, mais restent en dehors de l’histoire sérieuse de la poésie. Nous les mentionnons ici, parce qu’elles semblent se rattacher au sentiment de la nature, et que par une erreur explicable dans l’aube confuse encore de l’école moderne, c’est du nom de poésiç descriptive que M. de Chateaubriand s’est servi pour signaler l’avénement de la poésie qu’il a fondée et dontJ.-J. Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre sont comme les précurseurs.

L’auteur du Génie du Christianisme, en accusant la

LE XVII l® SIÈCLE.

mythologie de rapetisser la nature, constatcque lesanriens n’ont pas en (le poésie descriptive : nous pouvons aujourd’hui, grâce à Chateaubriand lui-même et h son école, expliquer cette pensée et lui donner une forme plus exacte. Oui, la poésie de la nature, telle quelle jaillit de l'imagination chrétienne dans René, Atala, les Méditations, les Harmonies, Jocelyn, est inconnu à l'antiquité classique; oui, le polythéisme en attribuant la forme humaine à toutes les manifestations de Dieu dans la nature, en expliquant chaque phénomène par l'action d'une divinité anthropomorphe, supprime dans la nature l’idée de l'infini qui fait sa plus haute poésie, et peut être accusé par conséquent de la rapetisser. Le sentiment de la nature chez les Grecs est beaucoup moins vaste, profond, passionné que chez les Indiens et les poètes pénétrés des idées chrétiennes. Sans doute Homère, Hésiode, Théocritc, Virgile, n’ont pu voir la nature comme la contemplait un llrahme, comme l'a chantée Lamartine. On peut dire d’eux qu'ils n’ont pas exprimé la musique, les harmonies intimes du monde extérieur, mais du moins ils en onladmirablement rcndula couleuretla forme plastiques. Ainsi que M. de Chateaubriand le reconnaît, dans leurs rares tableaux de paysages ils ont été d'admirables peintres; mais par cela même qu'ils se sont arrêtés à la peinture en exprimant leur manière de sentir l’univers, ils ont pénétré moins au vif dans sa vraie poésie que les Orientaux cl lesmodernes plus inspirés de la musique intérieure, des harmonies de la nature avec nos passions et de l’idée d'infini. Mais, du moins, les paysages grecs valent comme une peinture exquise île vérité, de couleur et de relief, s'ils ne pénètrent pas l'âme d’une émotion religieuse ou passionnée. Cet art n’a rien de com-

mun avec, le genre descriptif issu du dix-huitième siècle et dont le règne a coïncidé chez nous avec la naissance de notre poésie moderne de façon à produire d'abord, dans la critique, cette confusion de noms que nous cherchons à rectifier. Non, les anciens ne sont pas des poètes contemplatifs, des poètes de l'infini comme les Indiens, les Germains et nous-mêmes; mais cette justice leur est due de constater qu'ils sont bien moins encore des écrivains descriptifs comme Delillc et Saint-Lambert. Ce que l’on appelait poésie descriptive, à propos de ces écrivains, n’est ni une poésie, ni même une vraie description, c’està-dire une peinture. En ce qui louche au sentiment de la nature sous quelque face qu’on l’envisage, scnliment de la couleur et du relief comme chez les anciens, sens de la musique, sens des harmonies morales, sens de l'infini comme chez nos modernes, on n'en trouve pas le plus léger indice dans toute cette prose rimée du dix-huitième siècle sur les Saisons, les Mois, Y Agriculture, la Navigation, l' Homme des champs, etc., etc.

Ce nom même de descriptif condamne le genre et en signale la fausseté. La poésie n’a pas pour but de décrire; elle cherche à peindre , ce qui est fort différent; et la peinture elle-même n’est chez elle qu’un accessoire. Peindre pour peindre en poésie, si forte et si vivante que soit la couleur, c’est rester en dehors de la poésie elle-même et nos réalistes contemporains ne se doutent pas qu’ils atteignent par là juste au même échelon que Delillc et son école si dédaignée.

La poésie ne décrit pas, elle ne peint même pas; elle met en saillie certains côtés des objets, en subordonnant chaque couleur et chaque détail à un résultat qui n’est pas la ressemblance matérielle, mais le sentiment et l’effet

moral. La poésie choisit, elle idéalise; ce qui le prouve, c'est que, du même objet, du même site, elle peut faire des tableaux très-différents, sans cesser d'être vrais, parce qu'elle les aura regardés à la lueur de deux sentiments différents, comme un peintre qui aurait vu le même paysage à midi ou au clair de lune. La poésie n’emploie donc la peinture, la description si l'on veut, que comme moyen, comme signe, comme symbole; son but est en dehors de l'image, du tableau ; il est dans la chose que l’image signifie, il est dans l’ensemble d’impressions que le tableau suscite, dans l’idée et le sentiment qu’elle a l’intention de produire et qu’elle poursuit à la fois par la peinture, par la musique, par la logique. Un genre d’écrits qui affecte la description comme sa loi, comme son caractère particulier, comme son but, se déclare par ce fait étranger à la poésie. Un poème purement descriptif, quand les tableaux qui le composent seraient de la meilleure peinture, n’offrirait jamais qu’une suilede coulisses, une scène bien décorée, mais vide d’acteurs, silencieuse, en un mot inutile.

Ces produits de l'ébénisterie littéraire que l’on a voulu nommer poèmes descriptifs, n'ont donc rien de commun avec la poésie de la nature, lors même qu'ils ont pris le paysage ou les scènes rustiques pour sujet de leurs énumérations. En leur supposant même le talent du coloriste qui leur a manqué , en admettant leurs pages comme des pages de peinture, ce n’est pas là encore du paysage, pas même ce paysage purement plastique des poètes grecs et latins. C’est encore moins la nature animée, parlante, passionnée, expressive, qui commence à poindre dans J. -J. Rousseau, qui a son aurore dans Bernardin de Saint-pierre et qui éclate avec tous ses feux

et toutes ses voix dans Chateaubriand et Lamartine. Il ne suffit pas de bien composer un paysage, de le dessiner nettement, d'y faire jouer l’air et la lumière et toutes les harmonies de la couleur; il faut lui donner une voix, un accent, une signification pour la pensée, une perspective dans l’idéal. La vraie poésie de la nature part, comme toute poésie, du cœur de l’homme et non pas des objets qui l'entourent; elle procède d’un sentiment à exprimer et non pas d'une suite d’images à reproduire ; elle ne fait du paysage une scène lumineuse, animée et parlante, qu’à la condition d’y donner le cœur humain pour interlocuteur à la nature, et de ne prendre la nature ellemême que comme la voix d'une autre âme qui parle à celle de l'homme, comme la voix de l’invisible, de l'idéal, de l'infini, c’est-à-dire de Dieu.

Décrire n’est donc pas le but de la poésie en face de l’univers, quand elle devrait réussir dans sa description jusqu'au fac-similé le plus exact; son but c'est d'interpréter; et la nature ne peut être interprétée au cœur humain que par le cœur humain lui-même, par le sentiment de l’infini qui se communique à notre conscience, et de notre conscience remonte à Dieu.

Dans la vraie poésie de la nature, la peinture d'un lieu ne peut pas se séparer de la peinture du sentiment qu’il exprime; et ce qui fait la différence du poëte de la nature au poëte épique ou dramatique, par exemple, c’est que chez lui le sentiment, au lieu de s'exprimer d’une manière directe, a besoin de s’unir à l’expression d’un paysage, d’emprunter la voix d’un des accidents de la création.

Décrire sans une idée préconçue qui donne sa portée morale à la. description, reproduire des accidents dç

lignes et de couleurs sans que rien dévoile leurs rapports avec un accident de nos passions et de nos pensées, ce n’est pas de la poésie, pas même de la peinture. Les arls sont comme la poésie, ils ne décrivent pas, ils interprètent. La statuaire et la peinture ont plus à faire qu’à copier fidèlement; pareilles à la poésie, c'est toujours dans le but de l’invisible qu’elles reproduisent ce qui se voit ; même dans un portrait elles ont pour guide l'idéal. Le portrait n’est ressemblant que si l’idéal est interprété. Décrire n'est pas le procédé de l’art mais de la science. La prose est le langage de la simple description comme celui du simple récit; la physique décrit, l liisloire raconte, la poésie reproduit et interprète. La poésie exprime esthétiquement, c'est-à-dire en vue du sens moral. L’œuvre de l'art est une synthèse, l'œuvre de la science est une analyse impuissante à forcer la vie à parler comme l’art sait le faire. La science interroge la mort; l’art assemble, pétrit et modèle à la ressemblance de la vie; la science dissèque; la description est une sorte de dissection, c'est du moins la nomenclature des parties séparées. La poésie descriptive du dix-huitième siècle n’est rien de plus que cela; c’est l’invasion des instincts et des procédés scientifiques dansl'ord relittéraire; elle est née du génie positif, matérialiste, athée du siècle d'Holbach et d’Helvétius. L’auteur du livre de Y Esprit a fait son poème descriptif, le Bonheur. C'est le dernier mot, la plus triomphante expression de tout ce qu'il y a de plus prosaïque dans la prose. Aussi rien de plus plat dans toute la langue française que cet ensemble de productions rimées, qui tient lieu de poésie lyrique au dix-huitième siècle sous le nom de poésie descriptive. Quels que puissent être l’esprit, l’habileté et même l’élo-

quence de telle ou telle page isolée, nous ne pouvons comprendre qu’une ou deux générations de lecteurs aient supporté le vide et l'ennui de pareilles œuvres. Le succès de Delillc, que n’a surpassé celui d'aucun poêle dans notre langue, est à nos yeux l'acte d'accusation le plus terrible qui se dresse contre l'influence du dixhuitième siècle sur l'imagination, le goût, le sens poétique et moral. C'est le témoignage irrécusable d'une décadence littéraire si profonde, que s’en être relevé est peut-être la preuve la plus merveilleuse que la France ait donnée de son énergique vitalité.

Ces poèmes descriptifs, dont tout est fastidieux, jusqu’aux titres, n'ont pas même, à défaut de poésie, un peu d’art véritable. Point de composition , point de sujet précis, un cadre vague, qui peut s'élargir ou se rétrécir indéfiniment, comme celui de ces pièces 5 tiroir, de ces vaudevilles-revues où l'on fait défiler devant le parterre tous les caprices et toutes les sottises de l’année. Que veulent dire, comme sujets de poème, des mots comme ceux-ci : la Navigation , /’ Imagination , la Pitié? C'est une suite de tableaux et de tirades rajustés par des transitions trouvées à grand'peine, mais sans lien sérieux qui les unisse. Ces tableaux eux-mêmes sont des ouvrages de marqueterie et non de peinture, où l'habileté et l'adresse de la main remplacent l'inspiration et le savoir. Toutes ces descriptions célèbres semées dans les poèmes de Delille, et qui faisaient pâmer d’aise les lecteurs de 1760 a 1820 sont quelquefois, il faut l’avouer, de véritables tours de force, mais dans le genre des prodiges du casse-tête chinois.

La chose intéressante à étudier, à propos de ces œuvres, n’est pas dans les œuvres elles-mêmes ; on n’en peut

tirer aucune lumière sur l'art, car elles ne procèdent pas de l’art, mais d’une industrie toute mécanique. Ce qu’on se demande , c’est comment de tels écrits ont pu tenir lieu de poésie à une nation pendant plus d'un demisiècle et obtenir autant d’admiration que pas une des plus grandes œuvres littéraires. Voilà un problème moral vraiment intéressant.

La génération qui a donné à la poésie de Delille ses admirateurs et une gloire à peine entamée de son vivant par quelques épigrammes, était toute formée à l’école de la philosophie et des mœurs du dix-huitième siècle ; elle en avait gardé un mélange de futilité et de positivisme, fruit naturel des doctrines matérialistes. Nous avons constaté souvent l’étroite solidarité du sens moral et du sens poétique. Là où il n’y a plus ni croyance religieuse, ni vénération traditionnelle, ni subordination du besoin de plaisir au besoin d’idéal, ni respect de soiméme, et de ce qu'on appelle des préjugés, ni même de grandes et fortes passions, l’imagination a perdu les sources les plus riches où elle puisse s’alimenter. La vraie poésie est quelque chose de sérieux; elle est incompatible avec cette légèreté d’esprit et de cœur qui faisait pulluler, au dix-huitième siècle, les madrigaux et les bouquets à Chloris. En même temps que la source des émotions sérieuses , et par conséquent celle de la poésie, était tarie par la corruption des mœurs, par les doctrines qui détruisaient la foi religieuse et politique, le sentiment de la dignité de race et de l’honneur personnel, à ce moment, le goût des sciences exactes et l’étude de la nature physique, si nobles et si légitimes en eux-mêmes, mais infectés à leur naissance, au dix-huitième siècle, par le matérialisme, tournaient les esprits,

même en poésie, vers l'amour des beautés mécaniques, des tableaux tout matériels, de ces détails de l'art dont la difficulté vaincue fait tout le mérite. Moins on est capable d'une émotion poétique et musicale, et plus d'ordinaire on est prompt à s’extasier sur les tours de force d’un exécutant. L’art avec lequel Delille employait dix vers à définir une épingle ou un moulin à café, pour éviler de les nommer par leurs noms, avait pour admirateurs nécessaires', outre les hommes d’esprit sans imagination et sans consistance morale , toute cette foule infatuée des sciences exactes et des intérêts positifs qui commençait à devenir la majorité. Convaincus que rien n’est sérieux dans le monde hors la science physique et scs applications, ces savants considéraient la futilité comme le vrai domaine de la poésie, et demandaient ,au poète le môme genre de récréation qu'au joueur de gobelets.

Un poëme de Delille avec tous ses épisodes et ses descriptions cousues les unes aux autres, sans plan, sans but, sans inspiration, sans passions, sans intérêt dramatique, ressemble à un salon rempli de gens désœuvrés incapables d’une conversation suivie, dont la réunion n’a aucun but précis, même un but de plaisir, et qui cherchent à tuer le temps à l’aide de ces mille riens qui trompent l’oisiveté en occupant un moment les doigts et les yeux à défaut du cœur et de l'esprit. Ici on fait de la parfiture ou des allegradors, là on joue aux échecs et au whist, à la raquette et au bilboquet, ailleurs on récite une page de Delille où le poêle décrit avec les plus ingénieuses périphrases quelqu'une de ces importantes récréations. C’est de pareils tableaux que se compose la poésie de Delille; elle était faite pour de pareilles lecteurs. La grande vogue de Delille correspond à la tyran-

nie impériale sous laquelle toule discussion, toute conversation politique étaient interdites, toute idée sérieuse suspecte de sédition. La prudence aurait alors imposé aux gens du monde la futilité, quand cette futilité n'aurait pas été dans les caractères. Un ordre de choses qui ne laisse pas aux hommes le droit d’intervenir dans leurs affaires les plus essentielles, qui les contraint de tout accepter d'un maître, leurs idées, leurs fonctions, leur destinée entière, qui traite les citoyens comme on traite sinon des esclaves, du moins dos enfants, condamne peu à peu tous les esprits à la puérilité. Or l'imagination est la plus délicate des facultés de l'esprit, c’est elle qui se met le plus vite à l'unisson du milieu ou l’âme respire; aussi la poésie subit-elle promptement l'effet des décadences politiques et morales. Delille dont le caractère personnel et l'indépendance méritent d’être honorés, écrivait innocemment la seule poésie que pùt admettre une époque de frivolité intellectuelle et d'abaissement moral. La poésie sérieuse, la pensée sérieuse ne pouvaient renaître qu’avec la liberté d’avoir une pensée et de l'exprimer sans péril.

Un éminent critique, tout en déclarant que J. -J. Rousseau est le seuljpoëlc de la nature au dix-huitième siècle, semble prédire un retour au nom de Delille. 11 y a là, nous le croyons, moins de confiance en la gloire de Delille que de sévérité envers les contemporains qui nous ont donné ce que nous n’avions pas jusqu'à Lamartine et Victor Hugo, une poésie de la nature, une poésie descriptive dans les seules conditions où la description soit une poésie. Toutes les résurrections sont possibles en France, nous ne l’avons que trop éprouvé, surtout celles qui ramènent quelque chose d'hostile à la poésie,

celle aristocratie de l’esprit si dénigrée par la multitude. Il n'est donc pas impossible que les poèmes de Delille soient un jour exhumés et couverts de lauriers nouveaux. Si le goût des idées et de la vie mécanique se propage encore avec l’industrialisme, si le sentiment de tout ce qui fait la dignité de l’homme et la grandeur des lettres se perd sans retour dans l’inéluctahlc décadence d’un pays uniquement occupé de ses besoins matériels et voué au despotisme , il est certain qu’une poésie mécanique sera l’expression nécessaire d’une telle société. Nous ne croyons pas, cependant, que celle poésie renaisse toule faite avec l’ccuvre de Delille; elle aurait dans sa puérilité un bon sens et un cerlain spiritualisme que l’état des esprits ne comporterait plus. Notre temps a des sensations plus ardentes et l’imagination moins pauvre et moins réglée. Nous garderons d'ailleurs de la belle école poétique qui a fait oublier celle de Delille, un don qui peut survivre à la poésie, car il s’en distingue comme le corps se distingue de l'âme. L’art proprement dit, le procédé technique créé par les maîtres, est aujourd’hui entre les mains de tout le monde; c’est une acquisition qui ne saurait périr comme l’inspiration elle-même dans une ère qui se prévaudra surtout de sa supériorité mécanique. Le matérialisme contemporain est à la fois plus réfléchi et plus passionné que celui du dix-huitième siècle. Les pâles couleurs des descriptions d'alors ne stimulent pas assez nos sens avides et blasés. A des sujets aussi vides de vraie poésie, d’idées sérieuses, de nobles émotions, aussi puérils sons leurs prétentions plus hautes, on appliquera un style plus chaud, plus varié, mieux approprié à la peinture de tout ce qui est exté-

rieur, plus pittoresque, plus réel en un mot. En poésie comme en peinture, l'art du dix-neuvième siècle, par un rapprochement adultère avec cette effervescente hérésie de notre temps, la réhabilitation de la chair, a produit ce rejeton hostile qui s'est baptisé lui-méine. le réalisme. Certes, nos écrivains fanatiques du mot propre, de la couleur à tout prix, de ce luxe de chair accumulé sur la pensée, tiennent en profond dédain l'école de Débile et s'en croient séparés par tout un monde. La surface est sans doute différente, mais le fond est le même : c’est l'absence d'idéal, c'est-à-dire l’absence même de poésie. Si par mille inlluenecs qui ne sont pas de notre sujet, les esprits deviennent incapables de poésie et restent cependant curieux de vers et de fantaisies littéraires, il ne sera pas nécessaire de remonter jusqu'à Delille pour satisfaire ce besoin, on trouvera le même néant moral sous une forme mieux fardée et plus excitante dans l’école réaliste.

DANS LES ARTS ET LA POÉSIE MODERNES LIVRE CINQUIÈME

LA POÉSIE ANGLAISE

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