‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 33 sur 92 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES PAYSAGES DE MILTON

Le sentiment de la nature, protestant et puritain, au soir môme de la Renaissance et avant de s'évanouir dans le goût classique et l'imitation française, nous a laissé son plus vaste et son plus parfait monument dans le Paradis perdu de Milton. Aucun sujet ne comporte de plus amples paysages. La nature entière s’étale au poète dans sa virginité luxuriante. Elle est encore toute imprégnée de de la présence de son Dieu. Le sillon de l'homme n'en brise encore nulle part les lignes harmonieuses.

Encore enfermée dans un premier couple, notre espèce y tient si peu de place, que toutes les créatures vivantes semblent appelées à jouer sur ce théâtre un rûle égal ou supérieur à celui de l’humanité. Mais ce n'est pas ici une œuvre de pure imagination et de libre pensée ; le sujet du drame est un dogme inflexible, c'est la formidable histoire de la chute originelle. Le poêle ne voit la nature qu'à travers les livres sacrés; il n’a pas le droit de la peindre avec d'autres couleurs que celles de la Bible.

Nourri des Écritures, formé à l'école des poètes d’Israël, son génie ne saurait sentir et peindre ce monde visible sous un aspect différent. La nature, à leurs yeux,

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est absolument séparée de l'esprit et comme étrangère à son créateur. Dans ce poème théologique les paysages sont rares , grandioses et muets par eux-mêmes. Jéhovah et ses anges, les démons et l'homme, y portent seuls la parole. Le puissant pinceau du maître s'applique surtout à nous rendre visibles et saisissantes les régions qu'il a créées lui-méme dans sa sombre et sublime fantaisie : le domaine de Satan, son véritable héros, les palais de l'immortelle Trinité, les enfers et le ciel. Il ne séjourne jamais longuement sur la terre; les délices de l'Éden ne l'absorbent pas. Le merveilleux jardin disparait pour nous devant ses liâtes; comme il est juste en pareil sujet, le poêle a plus de souci des acteurs de son drame que des décorations de son théâtre.

Est-ce une description relevant du sens pittoresque, un paysage proprement dit, ou une conception religieuse relevant de la Genèse, que ce magnifique récit de la création du monde, au septième livre du Paradis perdu? Hymne et tableau tout à la fois, c’est certainement une des pages les plus splendides qu'on puisse lire dans toutes les poésies.

On aperçoit les objets dans l’ardente lumière primitive; on les sent vivre de cette puissante vie des êtres nouvellement créés. On ne se représente aucun site connu, mais on se trouve transporté à côté même de Jéhovah, sur la céleste hauteur de laquelle il assiste à ce débrouillement du chaos. On aperçoit les éléments et les ligures des choses qui surgissent, s’accroissent, se modèlent, se colorent, se meuvent avec harmonie, suivant les rhylhmes de la parole créatrice. On se tient pour un moment dans une région où jamais poète ne vous a porté, entre la nature et l'immatériel, entre l’éternité qui se

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continue et le temps qui commence , entre l’immuable Jéhovah et son œuvre aux mille formes, qui sort du néant et qui se déroule dans l'incommensurable étendue.

Voilà un peintre, voilà un sculpteur, qui nous rend visibles les premiers versets de la Genèse, avec un relief, avec une couleur dignes du modèle. Mais cette magnifique paraphrase du récit de Moïse nous transportet-elle au sein de la vraie nature primitive, en dehors de nos climats et des sites que nous connaissons? Ne pourrait-on pas dire que la seule Angleterre et l'Océan qui l’entoure, et peut-être quelques souvenirs des montagnes et des mers de notre continent, ont fourni au poêle ces images? Son génie les agrandit jusqu’aux proportions des scènes génésiaques. Le même esprit ne peindrait-il pas autrement le monde vierge, aujourd’hui que nos voyageurs poêles l’ont contemplé face à face dans les solitudes de l'Amérique et sur les lianes de ( Himalaya? Aucune imagination, si puissante quelle soit, ne peut suppléer aux yeux quand il s'agit de la nature. Avant Bernardin de Saint-Pierre et Chateaubriand, le poêle le plus divinateur n’aurait pu s'aventurer au delà de nos contrées occidentales, et peindre sans eux ce qu’ils ont vu les premiers.

L'Inde et la haute Asie, les forêts américaines, les mers et les iles de l’Australie, font partie désormais du domaine public de la poésie. Une fois l’esprit initié à ces spectacles qu’il ne peut se donner lui-même et enrichi par les récits de voyages, par la science, par les tableaux des inventeurs, le sentiment de la nature a pris chez nous des ailes et dépassé la zone qui le sollicite immédiatement. Comme l'histoire nous rend contemporains de tous les siècles, les notes des voyageurs, les hypothèses véri-

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fiées de la science, nous ont fait citoyens de l'universelle création. Qu'un grand poète s'élève, qu’une grande imagination travaille au milieu de ces documents, et tous les sites, toutes les zones , toutes les époques de la nature pourront être peintes, sans avoir été vues. Gœllic parle aussi savamment de tous les paysages et de tous les climats, que de ceux de l'Allemagne ou de l'Italie. D’autres, moinsgrands poètes, ont un sentiment aussi vif de la nature antérieure à l’homme, ou libre encore de son industrie et pure de ses attouchements; ils savent la représenter dans sa vie propre, dans scs grandeurs, dans ses anomalies, dans ses magnificences les plus désordonnées, à part de toute autre loi, de toute autre puissance que la sienne.

Otez l’homme et Jéhovah, ôtez les anges et les démons des paysages du Paradis perdu , et vous en retirez l’action et la vie. Milton est trop biblique, trop chrétien, trop puritain, pour peindre la création avec cette libre fantaisie de Spenser et de Shakespeare, qui donne une âme à toute chose visible, qui peuple chaque site d’une foule d’êtres divins et côtoie ainsi le panthéisme ou l'idolâtrie.

Est-ce pour n’avoir visité que les sites modestes de noire Occident, à l’exclusion des puissantes solitudes de 'Asie et du Nouveau-Monde, est-ce pour avoir vécu sur ce sol, dès lors le mieux cultivé de l’Europe, est-ce en vertu de l’inspiration puritaine fidèle à l’idée d’ordre et de travail, que Milton a peint son Édcn, si semblable à un beau parc anglais? Les dimensions et la perspective sont agrandies, mais le caractère n’est pas changé.

Dans cette nature innocente et paisible, si bien appropriée aux besoins, aux jouissances, à la félicité de l’homme, tel poète eût fait des voluptés de la jeunesse, tel autre des rêveries de l’adolescence, tel autre des graves

contemplations de l'âge mûr, le principal ou l'unique passc-lemps de nos premiers pères. Milton, si sobre et si chaste dans la peinture des joies conjugales d’Adam et d’Eve, ne berce jamais les regards de ces vagues peintures, qui provoquent les instincts rêveurs. Rarement môme il s'attarda dans la contemplation véritable et s'occupe à pénétrer jusqu'à l'ordre métaphysique à travers les splendeurs positives du monde visible ; mais comme il convient à l'esprit de sa race, Anglais et puritain, il place fréquemment sous nos yeux l'image du travail ; il nous en propose l'exemple.

Il donne le travail des champs pour plaisir au couple primitif, si peu nécessaire que soit la main de l'homme à l’ornement et à la fécondité de ce délicieux jardin. La royauté d'Adam, sur ce monde docile et qui pourrait si facilement résister, se marque déjà par l'action matérielle et par la culture, plus que par l’insouciante jouissance propre aux races méridionales, ou par les curieuses investigations qui décèlent la prédominance des grands instincts philosophiques. AdametÈve passent de la prière au travail, comme il convient à une famille chrétienne, chez un peuple industrieux et moral.

La nature offre ainsi à nos premiers parents la matière et l'occasion du travail; elle est domptée, cultivée, exploitée par eux , plus souvent qu’interrogée. Qu'aurai t-elle à leur apprendre dans son langage superflu, quand les anges et Dieu môme prennent la parole au sein de la création, pour révéler à l’homme ce qu’il doit savoir de l'univers? Pourquoi les hôtes de ce jardin si bien ordonné, se livreraient-ils aux doutes, aux systèmes, aux inspirations variables du sens métaphysique, puisqu’ils ont à leur portée la Bible vivante, l’esprit

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même qui va dicter les saintes Écritures? Ils n’ont pas à chercher, à découvrir l'intime explication des choses; Dieu est présent qui la leur revèle, comme il sera présent, par son livre sacré, à leur descendance puritaine pour la dispenser de toute philosophie.

Donc, après la prière qui s’unit à l'universelle nature sans la questionner, le travail qui la domine comme une chose soumise à l’homme et pleinement séparée de Dieu ; après le travail, les fruits qu’il fait rendre à la terre, la nourriture, la communion nécessaire de l’homme avec le monde physique, la forte alimentation nécessaire aux races laborieuses, le repas si rarement oublié par les poêles et les romanciers anglais. Il n’y a pas de sujet si délicat et si élevé où les écrivains d'outre-Manche ne sachent introduire le récit d’un festin.

Un ange est venu visiter les habitants de l’Éden. Éve se prépare, en bonne ménagère, à lui offrir une hospitalité qui fasse briller son talent et les produits de son jardin : « ... De chaque rameau, de chaque lige, de chaque plante et de chaque courge succulente, j'arracherai un tel choix pour traiter notre hôte angélique, qu’en le voyant, il avouera qu’ici, sur la terre, Dieu a répandu ses bontés comme dans le ciel.

« Elle dit et part à la hâte avec des regards empressés, préoccupée dépensées hospitalières. Comment choisir ce qu’il y a de plus délicat ; quel ordre suivre pour ne pas mêler les goûts, pour ne pas lçs assortir inélégants, mais pour qu'une saveur succède à une saveur, relevée par le changement le plus agréable? Eve court, et de chaque tendre tige, elle cueille ce que la terre, celte mère qui porte tout, donne à l'Inde orientale ou occidentale, aux rivages du Milieu, dans le Pont, sur la côte punique ou

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sur les bords qui virent régner Alcinoüs : fruits de toute espèce, d'une écorce raboteuse ou d une peau unie, renfermés dans une coque ou dans une coquille ; large tribut qu'Ève recueille et qu’elle amoncelle sur la table, d’une main prodigne. Pour boisson elle exprime de la grappe un vin doux inoffensif; elle écrase différentes baies, et des douces amandes pressées, elle mélange une crème onctueuse ; elle ne manque point de vases convenables et purs, pour contenir ces breuvages. Puis elle sème la terre de roses et des parfums de l’arbrisseau, qui n’ont point été exhalés par le feu....»

«...Leur table était un gazon relevé et touffu, entouré de sièges de mousse. Sur son ample surface carrée d’un bout à l’autre tout l’automne était entassé, quoique alors le printemps et l’automne dansassent ici main en main.

«Adam et l’ange discoururent quelque temps; ils ne craignaient pas que les mets refroidissent... Ainsi l'ange et Adam s'assirent et tombèrent sur leurs mets. L’ange mangea, non pas en apparence, en fumée, le dire commun des théologiens, mais avec la vive bâte d’une faim réelle et la chaleur digestive pourtranssubstantier ; ce qui surabonde transpire facilement à travers les esprits...

«Cependant à table Éve servait nue et couronnait d’agréables liqueurs leurs coupes à mesure qu’elles se vidaient.

« ...Quand ils furent rassasiés de mets et de breuvages, sans surcharger la nature, soudain il vint à la pensée d’Adam de ne pas laisser passer l’occasion que lui donnait ce grand entretien, de s’instruire des choses au-dessus de sa sphère. »

La nature n’est pas seulement belle et bien ordonnée par Dieu ; elle est utile à l’homme ; elle est faite pour ser-

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vir nos besoins, pour nous être une occasion de travail et de vertus. L’homme l’étudie pour s’en approprier les forces et pour adorer son auteur, plutôt que pour la connaître et l’admirer en elle-même. Il fait plus que s’instruire en vivant au milieu d'elle, il se fortifie et se sanctifie ; il acquiert-plus de puissance sur les choses et sur sa propre pensée, plus de soumission vis-ü-vis de Dieu; il devient plus religieux et plus moral. La rêverie, la contemplation elle-même, ne sont pas l’état normal, la meilleure disposition de notre âme en face de la création.

Nous avons mieux à faire que de pénétrer les concordances et les dissonances du monde visible, avec la musique intérieure, les harmonies des divers sites, des divers moments de la nature, avec les mille façons d’être de notre cœur. Il nous faut connaître les secrets de l’univers, moins pour savoir, 'moins pour admirer que pour agir. Cette connaissance nous vient de Dieu lui-même et de sa parole. Écoutons ses anges, lisons le livre qu’il a dicté, et nous serons mieux instruits du secret des choses que par d'oisives contemplations et de longs retours sur nous-mêmes. Tel est le sentiment de la nature qui se trahit à chaque paysage du Paradis perdu. La vie physique est puissante chez le poète, son esprit est largement ouvert au monde extérieur comme celui de sa race ; mais son intelligence et sa sympathie sont subordonnées à l’idée morale ; son imagination lancée, h travers le monde vierge, est gouvernée par la Bible.

Milton décrit à la façon des prophètes ; il anime, en les racontant, les divers êtres, les astres et les océans, les plantes et les bêles des forêts; mais seulement dans la juste mesure où le Créateur leur a départi l’existence

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dans la Genèse de Moïse. Dans sa peinture aux vives couleurs, il se montre surtout ordonnateur sublime, assignant à chacun sa place et sa fonction légitime, comme Jéhovah , distribuant les créatures dans leurs espèces, dans leurs séries, dans leur hiérarchie éternelle. L'homme seul, le poète seul, Adam et Milton, nous apparaissent dans ces paysages, comme doués de la plénitude de la vie. L’homme et le poète traversent celle nature et s’y jouent supérieurs à elle, indépendants, comme le Créateur est, dans la Genèse, indépendant de sa création. L’ordonnateur d’un pareil monde, le peintre d’un semblable paysage, maîtres absolus de leur matière , se réservent pour eux d’une façon prépondérante la vie et la pensée; le poète n’en laisse entrer qu’une faible part dans tout ce qui n’est pas l'homme, l'ange ou Dieu.

Les descriptions de Millon nous représentent les objets dans toute la beauté de leur forme et de leur couleur, dans toute l’énergie de leurs mouvements, dans toute la splendeur de la lumière naissante; mais il néglige de nous faire entendre la voix intime qui s'exhale deÉchacun, la secrète harmonie qui part de ce monde muet en apparence, pour éveiller un écho dans l’être qui peut parler. Millon, en un mot, fait de ses paysages des fresques éclatantes, au besoin de vigoureux bas-reliefs, rarement des symphonies, comme Shakespeare; il est peintre, il est sculpteur; il ne vise pas à l'émotion vague et pénétrante; il n’a pas l’art subtil et délicat; il n’est pas un musicien eomme l'auteur du Songe d'une nuit d'été. Il reste pleinement à l'abri de ces accusations de panthéisme qui rôderont perpétuellement autour des chantres émus de la nature, des poètes qui conversent, qui sentent, qui pleurent et qui s'enivrent avec elle.

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Chaque objet (lu monde extérieur, en paraissant sur le théâtre de Stiakespearc, y conserve sa vie propre et son accent particulier. Le poêle aime à douer d’une âme tous les phénomènes dont la beauté l'enchante ; avec les choses il fuit des personnages. On sent bien que ses génies et ses fées ne sont guèrcs que des émanations de la vie universelle, comme une fluide incarnation des voix du paysage. Ce ne sont point des êtres purement moraux, comme les anges de Millon, conçus tous d'après le type humain et copiés sur Adam. Aux yeux de Milton, si éclatante que soi t la matière éclairée et pétrie par Jéhovah, l'esprit seul est vivant. I.c monde se meut d'un mouvement rapide, mais son Créateur est absolument séparé de lui. L’âme n'existe qu’en ceux des êtres à qui elle fut expressément communiquée. Au-dessous de l'homme, le sentiment n'existe plus ; le monde se déroule autour de lui comme une décoration splendide, œuvre impassible du machiniste suprême. C’est la donnée de la Bible et de toutes les poésies de provenance sémitique.

Milton apporte sans doute, dans celle façon de voir et de peindre ce qui n'est pas l'homme, quelques instincts différents et ces goûts particuliers aux races qui ont créé les mylhologies de la nature. Sans animer et personnifier, comme Spenser et Shakespeare, les objets matériels, les phénomènes les plus fugitifs de la végétation, de la vie, et de la lumière; sans transformer comme eux en acteurs doués de la parole les sensations et les rêves dont nous avons à peine conscience et que suscite en nous la musique universelle, Millon infuse un peu plus de l’âme humaine daus scs paysages; il transporte un peu plus de sentiment et de pensée dans l'ensemble des choses que Moïse et les prophètes n’en accor-

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dent à la nature, cet insensible marche -pied de Jéhovah, ce tabernacle que plie et déplie le Créateur et qu'il peut faire évanouir d'un souille, comme un nuage, comme une vaine apparence. Le poêle anglais donne plus de réalité et plus de vie personnelle à la création. Les astres, les nuages, les soirs, les aurores, défilent parfois devant lui avec les oiseaux et les bêtes, pareils à une armée, à un cortège de serviteurs splendides que l’Êtcrnel passerait en revue.

Tout en marquant fortement la dépendance de tous les êtres créés vis-à-vis du seul être existant par luimême, la soumission de la forme et de la vie h l'idée génératrice; tout en subordonnant la scène visible à la grande tragédie morale qui s’y joue, il n’abolit pas toute sympathie entre l'âme humaine et ses sœurs les créatures; il ne dépouille pas de toute complicité avec notre cœur, ces êtres innombrables, tous ces splendides phénomènes, de qui nous viennent tant d’émotions. Peutêtre, mieux que les autres poêles modernes, a-t-il trouvé la juste mesure, entre le paysage mort, abstrait, incolore, conventionnel de l'école classique, et le réalisme outré, l'exubérance, en un mot, ce qu’on pourrait appeler le panthéisme de certains poêles contemporains. Entre ces extrêmes, Milton a tracé, peut-être, les limites où doit se mouvoir le sentiment spiritualiste et chrétien de la nature, où doit s'encadrer le paysage pour intéresser notre esprit et notre cœur.

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