I.ES I.AKISTF.S. WORDSVVURTII. SI1ELLEY
il v .1 des limites au delà desquelles ce symbolisme prêle au ridicule, et Wordsworlh les franchit quelquefois.
Kntre tous les poètes modernes de l'Angleterre, Shellev est celui qui a senti le plus profondément vivre et palpiter en toutes choses l’âme universelle, et qui s'est le plus mêlé par le cœur à tous les objets qui ne sont pas l’homme. C'est pour celui-là que sont faits les noms de panthéiste, de païen, de bralime. Sa philosophie révolte à chaque mot le déisme protestant, comme ses mœurs effarouchaient le Cant anglais. Sa vie, en laissant de côté les accidents romanesques, fut bien celle d’un poète de la nature, et sa mort fut pareille à sa vie. On peut dire qu’il habita les (lcuvcs, les lacs et les océans. Des courses en bateau sur la Tamise, sur les lacs suisses, sur les mers italiennes, occupèrent toute sa jeunesse, c’est-à-dire toute son existence, car il linità trente ans. Il naufrageaet se noya dans la baie de Spez/.ia, et lord Byron, son ami, lui fil les funérailles païennes que Shelley aurait rêvées; il brûla son corps selon les rites antiques sur le rivage de Livourne.
Celui-là ne chercha pas dans la contemplation du vaste univers de petits apologues, de subtiles analyses et des moralités protestantes. Ce n’est pas le sens pratique et des leçons de conduite qu’il exprima de la peinture et de la musique des choses. Il vit la nature et l’aima pour elle-même, indépendamment du profit que l’homme en peut tirer, et en vue de ses rapports lointains, obscurs, insaisissables, mais certains, avec le grand inconnu, avec la grande âme divine, avec l’existence absolue, avec l’insondable infini. Shellev ne se demande pas quelle conclusion il doit tirer, pour la connaissance de lui-même
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et la règle de ses sentiments, de toutes les images gracieuses ou terribles, de tous les accidents qui le frappent dans le inonde extérieur; il se transporte, il s'incarne au fond des objets, il vil dans le nuage, dans la plante, dans la vague, dans le rayon de soleil, il palpite avec eus de tonies les ardeurs, de tous les désirs, de toutes les aspirations qui constituent la vie cilc-mémc répandue dans l'immensité.
Les formes et les couleurs, les fleurs, les oiseaux et les flots sont à ses yeux plus que des signes et des symboles du inonde intérieur; ils sentent, .ils vivent par euxnu'mes et pour eux-mêmes; le poêle les aime comme semblables à lui ; il entre avec eux dans une douce communion et fuit dans leur compagnie le voisinage de l’homme elles amers souvenirs de la société. Sbcllcy a fait deux tragédies et diverses poésies; mais il réussit médiocrement ii créer des personnages humains. Les vrais acteurs de son drame, ce sont les êtres fantastiques ou réels qui, en dehors et au-dessus de l'humanité, peuplent l’espace visible et invisible; ce sont les mille formes impalpables ou substantielles que revêt le grand, le seul vivant, l’être innommé et impersonnel qui remplace pour Slielley le Dieu chrétien ou platonicien desLakisles.