‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 45 sur 92 · LES PAYSAGES ET LA MYTHOLOGIE DK LORD BYIION. 2SI · texte numérisé non relu

LES PAYSAGES ET LA MYTHOLOGIE DK LORD BYIION. 2SI

Il est difficile de définir la théologie de Byron, maire n’esl certes pas l’étroit déisme calviniste. (le n’est p«davantage le panthéisme absolu, la théodicée scientifique cl profondément prosaïque du matérialisme de nos jouis. Le génie de Byron, comme le génie oriental, superpose à la nature toute une mythologie. Son cœur de héros et de poète a besoin de peupler l'univers d’une foule d'élres amoureux ou hostiles. Il rencontre partout des génies en lutte ou en caresse avec le sien. Manfred force à comparaître devant lui, sur les sommets des Alpes, tous les esprits répandus dans l'immensité :

« La terre, l’océan, l’air, la nuit, les montagnes, les vents, ton étoile, attendent tes ordres, lils de la poussière; à ta demande, tous les génies sont devant toi: que veux-tu de nous, lils des immortels? Parle. . . .

« Parle, ce que nous possédons est à loi, nous te l'offrons; réfléchis avant de nous congédier, demande-nous

encore l’empire, la puissance, la

force et de longs jours. »

Manfred se fait tout offrir pour tout refuser de ceux qui ne peuvent pas lui donner l’oubli. Par cette négation de l’oubli, le désespéré sublime affirme l'immortalité. L’âme héroïque de Byron échappe à ce grossier panthéisme qui veut anéantir l’individualité de l’homme dans une masse divine sans conscience et sans liberté.

« La mort me donnera-t-elle l’oubli ? »

Voici le dogme qu’affirme l’univers tout entier par la voix des sept génies accourus à la voix du poêle :

« Nous sommes immortels, et nous n’oublions pas; nous sommes éternels, le passé nous est présent aussi bien que l’avenir. Tu as notre réponse. »

U POÉSIE ANGLAISE

Si animée, si divine que soit la nature nti\ yeux de Byron, ce n'est donc pas le panthéisme qui forme sa croyance. Par sa race et par son caractère, il est trop homme de combat pour admettre celte écrasante doctrine. Jamais résignés, toujours en lutte, ses personnages vivent au pôle opposé de ce fatalisme abject. Par leur désespoir mémo, ils s’aflirment libres et immortels; par leurs blasphèmes, ils confessent un Dieu libre, éternel et souverain. Mais, comme le Satan de Milton, leursublirae devancier, ils se sentent de taille à lutter contre ce Dieu.

Peuplée tout entière dans toutes scs régions visibles et invisibles d'esprits sombres ou lumineux, amoureux ou terribles, la nature, telle que la comprend le poète de Manfred et de Child-Harold, est à la fois le théâtre et l’héroïne d'un grand combat. Inerte par elle même aux yeux du déiste génevois et du biblique Milton, elle est vivante, active et sensible pour Byron. Il témoigne à maintes reprises de sa croyance à un être supérieur qui se déploie souverainement au-dessus de toutes les puissances secondaires répandues dans la création. Mais cet être ne confisque pas la nature dans son absorbante unité, selon la formule panthéiste. Encore moins est-ce un être séparé d’elle et réduit à l'existence pureqtent métaphysique, selon le dire d'un spiritualisme sans imagination et sans cœur. Pour Byron, la Divinité est vivante, elle n’est pas abstraite cl séparée de son œuvre. Sa religion est de la famille des religions de la nature; c’est pour cela qu'il sait tirer de l'univers qui nous entoure une si grande et si profonde poésie.

Entre les religions de la nature qui ont eu leur histoire, leur domaine géographique, leurs dogmes et leur

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